LE DIRECT
le changement climatique a bien d'autres effets sur la montagne que la seule question de l'enneigement

La montagne, valeur refuge

3 min
À retrouver dans l'émission

Les professionnels des domaines skiables se réunissaient vendredi à Grenoble pour préparer la saison, sur fond de transition du tourisme en montagne.

le changement climatique a bien d'autres effets sur la montagne que la seule question de l'enneigement
le changement climatique a bien d'autres effets sur la montagne que la seule question de l'enneigement Crédits : Roberto Moiola / Sysaworld - Getty

Qui n'a jamais lourdement chuté à l'arrivée du télésiège, qui n'a jamais perdu une demi-journée à descendre une piste rouge façon crabe, qui n'a jamais attrapé la gastro-entérite dans une résidence de montagne, ne peut comprendre mon aversion pour le ski alpin.

C’est vous dire si la question de l’enneigement des stations de sports d’hiver n’arrive pas en tête de la liste de mes préoccupations. Ou alors, à l’inverse, pour souligner l’impact écologique de cette activité.

Passons sur ces stations qui en début d’année eurent l’idée fumeuse d’héliporter de la neige au sommet des pistes pour pallier le déficit de précipitations. Ca ne devrait plus arriver : les exploitants de remontées mécaniques ont pris des engagements vendredi pour tendre vers la neutralité carbone, en particulier en ce qui concerne les activités de damage des pistes.

C’est mieux que rien, mais c’est presque rien quand même, comparé à ce que représentent les transports et l’hébergement dans le bilan carbone d’un séjour au ski : 95 % selon les chiffres les plus communément admis. A cet égard, la diminution progressive du manteau neigeux pourrait être considérée comme une heureuse perspective : moins de flocons, moins de skieurs, moins de pollution.

En Suisse, la neige s’installe désormais 12 jours plus tard et disparait 25 jours plus tôt qu’il y a 50 ans. En France, dans le massif de la Chartreuse, la durée d’enneigement a diminué de 6 jours par décennie. Un phénomène prévu pour durer : quelles que soient les mesures prises aujourd’hui, les professionnels de la montagne vont devoir affronter ce défi de l’après-ski, sauf sans doute dans les stations de haute altitude.

Est-ce à dire que l’emprise touristique, et son empreinte environnementale, vont diminuer pour autant ? Comme l’explique la revue trimestrielle l’Alpe dans son numéro d’automne consacré à la montagne durable, le ski ne fut peut-être qu’une parenthèse. ‘’Sur ses deux siècles d’existence, le tourisme alpin n’a été avant tout qu’une activité estivale. Ce n’est qu’au cours des 50 dernières années que la saison d’hiver a pris le dessus, à coups d’aménagements très lourds’’.

Les statistiques d’Atout France.), l’agence nationale de développement touristique, sont à cet égard surprenantes. En 2017, un peu plus de la moitié des nuitées des Français à la montagne a été enregistrée en été, contre seulement un tiers en hiver. Et l’écart est appelé à se creuser du fait du réchauffement climatique : moins attractive à cause du manque de neige, la montagne devient un ilot de fraicheur lorsque se succèdent les épisodes caniculaires.

Il y a huit jours, j’étais à Florac, en Lozère, pour le 50e anniversaire du Parc national des Cévennes. Une zone de moyenne montagne, confrontée cet été à un afflux de touristes, d’autant plus nombreux que la crise sanitaire, additionnée aux fortes chaleurs, a servi d’appel d’air à des vacances en altitude, dans les grands espaces, occasionnant au passage quelques tensions avec la population locale.

Dans ‘’Urgence ! Il faut sauver les montagnes’’ (Glénat), le célèbre alpiniste Reinhold Messner s’en prend, sans la moindre délicatesse, aux ‘’interminables colonnes de trekkeurs’’, aux ‘’troupeaux de grimpeurs et de vététistes’’, aux ‘’essaims de parapentistes’’ qui ‘’imposent une surcharge permanente aux sites sur lesquels ils ont jeté leur dévolu et qu’ils ont mis à la mode’’.

On pourrait ajouter, à cette liste sans nuance, la pression que font peser sur les prix et la disponibilité de l’immobilier, la concurrence des résidences secondaires : c’est le cas dans le massif cévenol, confronté à ce phénomène de gentrification.

Comme le dit le géographe Philippe Bourdeau, toujours dans la revue L’Alpe, ‘’le tourisme est une mono-activité qui finit par faire le vide autour d’elle : de mode de développement, il devient un facteur de fragilité’’. Ce n’est pas le moindre des défis auxquels est confronté aujourd’hui la montagne, été comme hiver.

Chroniques

8H50
3 min

Carnet de philo

Du Misanthrope aux misandres
L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......