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la nouvelle tectonique des plaques au temps du réchauffement climatique

La tectonique des glaces (et des places)

3 min
À retrouver dans l'émission

Le réchauffement climatique produit de nombreux effets. La géopolitique n’est pas épargnée, même si les liens de causalité ne sont pas toujours évidents à prouver.

la nouvelle tectonique des plaques au temps du réchauffement climatique
la nouvelle tectonique des plaques au temps du réchauffement climatique Crédits : Schon - Getty

Dans ‘’Journal intime d’une prédatrice’’, publié il y a une dizaine d’années, le romancier Philippe Vasset mettait en scène la patronne d’un fonds d’investissement ayant décidé de tirer profit du réchauffement climatique. On la voyait investir au Pôle nord, misant sur la fonte accélérée de la banquise pour y développer des activités fort lucratives. Moins il y avait de glace, plus son petit commerce prospérait.

Depuis, la réalité a dépassé la fiction. La hausse globale des températures met à nu de nouvelles terres en Arctique, et par conséquent de nouveaux gisements. Elle suscite les convoitises, et modifie les routes commerciales. Comme le documente bien Jean-Michel Valantin dans son essai ‘’Géopolitique d’une planète déréglée’’, le passage du Nord-Est, qui permet relier les océans Atlantique et Pacifique en passant par le nord de la Sibérie, devient praticable y compris aux saisons froides : ‘’les effets de cette mise en valeur sont en train de transformer la géopolitique de la zone Russie-Asie-Europe’’.

Le changement climatique a un impact sur les équilibres géopolitiques, de la même manière que la stratégie politique de certains Etats en dehors de leurs frontières perturbe les équilibres géophysiques. Quand la Chine met en place sa stratégie de Nouvelle route de la soie pour sécuriser ses approvisionnements, elle devient, écrit encore Valantin, ‘un facteur particulièrement actif de l’amplification des signaux de l’Anthropocène’.

L’intrication entre géophysique et géopolitique devrait d’ailleurs conduire les Etats à coopérer davantage. La bonne politique de lutte contre le réchauffement ne peut s’envisager que de manière systémique, c’est-à-dire globale. Le concept de relations internationales devient même un peu désuet puisque c’est de la communauté humaine dont il est question.

Comme le rappelle le géographe Michel Lussault dans l’article qu’il consacre à la Géopolitique dans le ‘’Dictionnaire de la pensée écologique’’, ‘’la déclaration de Stockholm en 1972, qui dressa la question écologique comme une des préoccupations majeures devant désormais guider l’action de l’Onu et les discussions entre Etats membres, est un des premiers événements qui dénotent ce bouleversement...il s’agit rien de moins que de modifier les schémas culturels dominants’’. Si ce n’est que près d’un demi-siècle plus tard, ‘’l’entrée de la planète toute entière sur la scène politique’’ peine à se concrétiser.

On le vit, il y a quelques mois, à travers la difficile mise en place du Pacte de Marrakech, texte négocié à l’ONU et visant à couvrir ‘’toutes les dimensions des migrations internationales’’. Juridiquement non contraignant, il fut pourtant combattu comme un instrument remettant en cause la souveraineté des Etats.

La question migratoire a pourtant bien à voir avec la globalisation politique rendue nécessaire par le changement climatique. Mais comme le relèvent les auteurs de l’‘’Atlas des migrations environnementales’’, cette dimension est longtemps restée un point aveugle : ‘’les politiques migratoires actuelles portent les stigmates de cette lacune’’.

Qu’en est-il de l’impact de ces phénomènes sur la stabilité politique des Etats ? Pendant quelque temps, la thèse selon laquelle la guerre civile syrienne aurait été provoquée par un épisode de sécheresse suivi d’un important exode rural a été avancée, avant d’être contestée. Dans un court essai publié en 2016, Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique, faisait un sort à la théorie des ‘’Guerres du climat’’, la considérant même comme dangereuse puisqu’ayant pour effet de disculper les dirigeants politiques de leur responsabilité dans l’émergence des conflits.

Reste que les perturbations climatiques, si elles ne provoquent pas des guerres, peuvent conduire à l’instabilité sociale. Les mauvaises conditions météorologiques furent une des causes des ‘’émeutes de la faim’’ qui frappèrent de nombreux pays en 2008, en particulier en Afrique et en Asie. Le réchauffement planétaire pourrait bien accélérer le réveil des sociétés.

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