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c'est fou les histoires qu'on peut raconter à partir d'une simple boite de conserve

La Terre est ronde comme une boite de conserve

4 min
À retrouver dans l'émission

Les objets du quotidien finissent par devenir invisibles. Ils ont pourtant bien des choses à raconter...

c'est fou les histoires qu'on peut raconter à partir d'une simple boite de conserve
c'est fou les histoires qu'on peut raconter à partir d'une simple boite de conserve Crédits : Douglas Sacha - Getty

Vous êtes-vous déjà demandé, au moment de faire réchauffer votre casserole de petits pois, à quoi ressemblerait le monde si la boite de conserve n’avait pas été inventée ? Et bien il serait assurément très différent du nôtre, tant cet objet banal a façonné non seulement nos modes de vie, mais aussi la mondialisation.

C’est un Anglais, Peter Durand, qui en dépose le premier le brevet. Nous sommes à Londres, en 1810. De l’autre côté de la Manche, le Français Nicolas Appert vient de mettre au point le bocal en verre hermétique. L’Angleterre réplique avec un récipient qui ne l’est pas moins (hermétique) mais qui présente l’avantage d’être incassable, et donc facilement transportable.

Et c’est peu dire que la boite de conserve va voir du pays. Les marins l’adoptent pour leurs expéditions, leur permettant ainsi ‘’d’éviter la famine et les carences vitaminiques’’ et contribuant à ‘’éloigner le fléau du scorbut’’. ‘’En 1859, les équipages de l’amiral Charner, qui voguent vers la Chine où ils s’apprêtent à envahir Pékin et le Palais d’été, sont nourris avec de la viande et des légumes en conserve’’.

Des histoires d’objets comme celle-là, vous en croiserez une centaine dans ‘’Le magasin du monde’’, un livre dirigé par les historiens Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre, et que publient ces jours-ci les éditions Fayard. Ils y racontent la mondialisation, ses conquêtes et ses dérives, à travers les objets qui l’ont accompagnée depuis le XVIIIe siècle.

Ce qui est frappant à la lecture de tous ces récits (dont j’avoue ne pas être encore venu à bout), ce sont les similitudes qui apparaissent entre ces objets du quotidien, lesquels suivent des trajectoires voisines malgré des origines historiques et géographiques très variées. Les suivre à la trace, c’est croiser la route de la colonisation, des grands conflits mondiaux, de l’industrialisation, de l’impérialisme économique et de l’épuisement des ressources.

Prenez par exemple cet autre objet qu’est le pneu, dont on parle tant dans l’actualité depuis la décision de Bridgestone de fermer son usine de Béthune. Sa production, d’abord à base de caoutchouc naturel, va engendrer un des pires épisodes de la colonisation : les atrocités commises au Congo belge sous le règne de Léopold II ; la première guerre mondiale accélère son usage et accompagne les taxis de la Marne ; le pneu témoigne aussi de l’essor de la civilisation des loisirs, les congés payés; quant aux traces qu’il laisse dans l’environnement, elles sont autant d’indices de la crise écologique globale. Comme l’écrit l’auteur du chapitre qui lui est consacré, le pneu ‘éclaire certains des phénomènes majeurs de l’histoire humaine depuis la fin du XIXe siècle

Et il en va du pneu comme par exemple du chewing-gum, qui n’est rien d’autre qu’un de ses lointains cousins, et pas seulement pour son aspect caoutchouteux. On le croise d’abord dans les forêts du Yucatan au Mexique, sous forme de résine : du chiclé, issu du latex du sapotillier, que ‘’les Mayas avaient l’habitude de mâcher à l’occasion des cérémonies’’, et qui, au prix de quelques transformations, sera placé dans les rations des soldats américains pendant la seconde guerre mondiale, pour devenir le symbole de ‘’la domination culturelle et économique des Etats-Unis sur le monde’’.

Dans le domaine culturel justement, Andy Warhol sera un de ceux qui parlera le mieux de cette hégémonie à travers ses reproductions picturales de produits manufacturés, symboles de la consommation de masse. Les fameuses soupes Campbell’s notamment, conditionnées…dans des boites de conserve (les revoilà !) 

Des boites qui renvoient elles aussi à ce phénomène global d’épuisement des ressources et de dégâts causés à l’environnement. Saviez-vous par exemple que ‘’l’étain qui en revêt les parois’’ était majoritairement produit en Malaisie, que son extraction massive provoquait d’importantes inondations, et que c’est en raison de celles-ci que la ville de Kuala Lumpur porte son nom ? Kuala Lumpur qui veut dire ‘’estuaire boueux’’.

Témoins et acteurs de la mondialisation, tous ces objets résisteront-ils à la prochaine grande transition ? Il parait que les boites de conserve constituent ‘’aux yeux des survivalistes, l’aliment phare d’un futur post-apocalyptique’’. C’est peut-être bientôt la fin des haricots, mais pas encore celle des petits pois.

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