LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
automobiliste, attention, cette cycliste est très méchante !

La terrifiante histoire du mangeur d'autos

3 min
À retrouver dans l'émission

Les incivilités des cyclistes vous agacent ? Certes, mais que dire des anti-vélo ?

automobiliste, attention, cette cycliste est très méchante !
automobiliste, attention, cette cycliste est très méchante ! Crédits : Jay Reilly - Getty

Quand j’étais petit, le meilleur moyen de m’empêcher de dormir était de me raconter une histoire du père Fouettard. La seule évocation de son nom me plongeait dans un gouffre d’insomnie. Le sommeil, qui finissait toujours par venir, n’avait rien d’une délivrance puisqu’il était peuplé de cauchemars.

Eh bien si j’avais des enfants encore suffisamment jeunes pour leur faire subir ce que j’ai traversé, je leur raconterais la terrifiante histoire du mangeur d’autos.

Le mangeur d’autos est bien plus effrayant que le père Fouettard, en ceci qu’il existe vraiment, et qu’il opère de jour comme de nuit. En toute impunité. On repère facilement ce nouveau croquemitaine à sa monture, une bicyclette, et à son comportement, qui consiste à harceler cet être sans défense qu’est l’automobiliste.

Je dis ‘’le mangeur’’, je devrais dire ‘’les’’, tant l’espèce est devenue invasive, profitant de l’épidémie de coronavirus pour étendre son emprise. Elle colonise les voies de circulation, retirant aux voitures, parfois sur des dizaines de mètres, leur espace vital.

Le phénomène est à ce point répandu que le patron de Peugeot, Carlos Tavarès, tel un David Vincent des temps modernes, n’a pas hésité à alerter l’opinion dimanche dans le JDD. ‘’Nous sommes face à un lobby anti-automobile hyper puissant’’. Un lobby anti-automobile hyper puissant !

Ne souriez pas : le sujet est grave. Car le mangeur d’autos ne se contente pas de faire des misères aux automobilistes. Il est aussi responsable du chômage.

Vous n’êtes pas convaincus ? Ecoutez l’analyse d’un analyste incontestable, le journaliste François Lenglet, sur TF1, à propos de la fermeture annoncée de l’usine Bridgestone à Béthune : 

L'Etat voudrait qu'on fabrique des pneus, et empêche qu'on les vende. Il est partant pour sauver les usines, mais seulement après les avoir lui-même asphyxiées. Sans oublier les restrictions à la circulation automobile, dans les villes, qui sont accrues depuis le confinement : pistes cyclables en surnombre, fermetures des voies, embouteillages permanents. Une politique environnementale qui a bien sûr ses raisons, mais qui a aussi ses coûts. Moins de voitures, c'est moins d'usines, et moins d'emplois. Un chômeur qui roule à vélo, c'est d'abord un chômeur.

Bon sang, mais c’est bien sûr ! Si le consommateur n’achète plus de pneus ni d'autos, c’est parce que les pistes cyclables prennent trop de place. On serait tenté d’ajouter, à la suite de François Lenglet, qu’un chômeur en voiture, c’est d’abord un chômeur, et un travailleur à vélo, c’est d’abord un travailleur, mais ne brouillons pas le message.

Certes, le journal Le Monde mentionne deux études récentes qui témoignent de l’attachement viscéral de nos compatriotes à la bagnole. L’une d’elles, publiée par le ministère de la Transition écologique, constate que la voiture représentait encore, en 2019, 63% des déplacements quotidiens sur l’ensemble du territoire, loin devant la marche (23,5%), les transports en commun (9,1%) et le vélo (2,7%). Mais ça, c’était avant le coronavirus et la grande invasion des pistes cyclables : 17 000 kilomètres au dernier pointage, contre seulement 1,1 million pour le réseau routier.

N’y a-t-il donc plus rien à faire que de s’apitoyer ? Ce serait méconnaitre l’esprit français. Moi qui voyage beaucoup sur les réseaux sociaux, je peux témoigner que la résistance s’organise. Ceux-là même qui avaient combattu vaillamment Greta Thunberg l’an dernier livrent une bataille féroce contre les nouveaux aménagements urbains.

Et à la vue de ces nouveaux maquisards, on en viendrait presque à se dire que si seulement en 40, les Allemands, plutôt qu’à bord de chars d’assaut, avaient tenté d’occuper Paris à vélo, le cours de l’histoire en aurait été changé.

Chroniques
8H50
3 min
Carnet de philo
Pourquoi j'ai été vexée (et pourquoi j'ai décidé de le rester)
L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......