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c'est fou tout ce qu'on peut faire dire à un radiateur...

L'individu, le collectif et le radiateur

5 min
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Commander la température des radiateurs à distance : voilà une riche idée!

c'est fou tout ce qu'on peut faire dire à un radiateur...
c'est fou tout ce qu'on peut faire dire à un radiateur... Crédits : Beniamin Bagsik / EyeEm - Getty

Schématiquement, la mécanique des fluides de la politique peut prendre deux directions : soit l’action qui passe par le haut, soit celle qui passe par le bas. Il y a ceux qui ne jurent que par l’Etat et par la loi ; et ceux qui ne voient d’issue que dans l’initiative individuelle. On peut appliquer, avec les réserves d’usage, cette double dynamique à la question écologique, pour envisager la meilleure manière de faire bouger les choses : soit en procédant par petits pas, soit en prenant de grandes décisions.

Commençons par le bas avec les éco-gestes, autrement dit l’idée que c’est en additionnant les bonnes attitudes au quotidien qu’on va améliorer les choses. Je trie mes déchets, je ramasse ceux des autres sur les plages, je fais pipi sous la douche en même temps que je m’y brosse les dents… C’est l’approche la plus valorisée, parfois jusqu’à la caricature, comme cette soirée spéciale sur France 2 en octobre dernier, ‘’L’émission pour la Terre’’, qui consista à nous faire croire que parce que 95 % des téléspectateurs étaient prêts à remplacer leurs bouteilles plastique par une gourde, la planète serait sauvée.

Pour ma part, bien qu’ayant participé au Défi Zéro Déchets, je me méfie de cette façon de faire porter la responsabilité du changement sur les individus. La résolution de la crise climatique (si tant est que le terme de résolution soit le plus approprié) nécessite de passer par la loi, par des décisions fortes qui engagent le collectif.  A condition bien sûr qu’elles soient suivies d’effets : on verra bien par exemple ce qu’il advient de la loi Climat présentée hier par la Commission européenne.

A vrai dire, ces deux façons de voir les choses ne sont pas exclusives l’une de l’autre. La plupart d’entre nous, qui nous sentons concernés par cette crise, faisons en sorte d’avoir des comportements qui ne heurtent pas trop notre éthique individuelle, tout en souhaitant que nos représentants politiques prennent des décisions appropriées pour mener cette transition écologique (et solidaire).

La difficulté, c’est de faire en sorte que ces deux approches soient non seulement complémentaires, mais aussi que leur addition se fasse sans déperdition. C’est rarement le cas : le politique aura tendance à se défausser sur l’individu, quand l’individu sera tenté de s’en remettre au politique. Or (et voilà où je voulais en venir), la martingale vient peut-être d’être trouvée par le gestionnaire du réseau électrique français, RTE, et la société Voltalis.

La mission de RTE, c’est de gérer l’équilibre entre la demande et l’offre d’électricité. On en entend souvent parler au moment des pics de consommation, par exemple lorsqu’il fait durablement froid : il faut alors solliciter toutes les sources énergétiques possibles et augmenter la production pour répondre à la demande. De son côté, Voltalis est ce qu’on appelle un opérateur de l’Internet de l’Energie. Cette société a développé un système qui permet d’ajuster, en temps réel, la consommation à la production, via un boitier que les particuliers peuvent installer à leur domicile.

En s’associant, RTE et Voltalis opèrent une petite révolution : en cas de besoin, il sera désormais possible de moduler, à distance, le chauffage chez les particuliers, afin d’assurer l’équilibre du système électrique. Autrement dit, pour éviter une surchauffe globale, on diminue la température des radiateurs.

Présenté ainsi, cela a tout l’air d’une mesure autoritaire, du haut vers le bas. Mais ça ne l’est pas puisque le dispositif ne sera mis en place que sur la base du volontariat. Moyennant un dédommagement, les ménages volontaires acceptent que l’on baisse le chauffage chez eux pour soulager le réseau : 10 000 logements devraient être concernés, dans un premier temps, par cette innovation présentée comme une première mondiale.

Chacun devrait y trouver son compte : le consommateur est doublement valorisé puisqu’il est dédommagé pour faire une bonne action, laquelle bonne action profite à l’ensemble de la collectivité : baisser la température chez les particuliers permet de ne pas avoir à augmenter la production, et donc de maitriser notre empreinte énergétique. Bien entendu, il faudra bien plus que 10 000 ménages pour que l’effet soit réel. Mais il y a là sans doute quelque chose à méditer.

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