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Un producteur ivoirien touche environ 6% du prix d'une tablette de chocolat.

Pas de juste prix, pas de chocolat

3 min
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En l'absence temporaire d'Hervé Gardette, Julie Gacon raconte certaines transitions hors de nos frontières, "Enjeux internationaux" obligent. Ce matin : les producteurs de cacao s'organisent pour se réapproprier le contrôle de leur prix. Pour peu que nous, consommateurs, y mettions un peu du nôtre.

Un producteur ivoirien touche environ 6% du prix d'une tablette de chocolat.
Un producteur ivoirien touche environ 6% du prix d'une tablette de chocolat. Crédits : Flavio Coelho - Getty

En ce mois d’avril chaud et humide en Côte d’Ivoire, les planteurs se préparent à une éventuelle récolte secondaire.

Il va falloir une énième fois, examiner l’état des arbres, couper au sécateur les cabosses, les ouvrir pour retirer les fèves, qu’il faudra faire fermenter puis sécher (pas facile s’il pleut pendant plusieurs jours)… Un travail important mais pas toujours rémunéré à sa juste valeur.

Ce week-end, pendant qu’on se gavait de chocolat, la Côte d’Ivoire a annoncé à ses producteurs de cacao une baisse du prix d’achat au kilo… de quoi gréver encore le budget des planteurs, qui travaillent encore beaucoup en famille…

Pourquoi l’Etat a-t-il dû baisser les prix ? D’abord parce qu’avec la crise sanitaire, nous avons tous moins mangé de chocolat… (restaurants fermés, et quand vous ne prenez pas l’avion vous n’achetez pas non plus une boîte de chocolats in extremis pour votre collègue) – et un week-end pascal n’aura pas suffi à faire remonter la consommation.

Mais la vraie raison, structurelle celle-là, vient des industriels… L’année dernière ils s’étaient engagés à payer les fèves de cacao plus cher, sous la forme de ce que la Côte d’Ivoire associée dans cette démarche au Ghana, appelait « différentiel de revenu décent », ces industriels n’ont finalement pas joué le jeu… Pour ne pas avoir à payer plus, ils n’ont tout simplement pas acheté les fèves de cacao, qui s’entassent aujourd’hui dans les entrepôts de San Pedro jusqu’à Abidjan, comme a pu le constater sur place le chercheur Léo Montaz que j’ai joint au téléphone

Et le cacao n’est pas le pétrole… le cacao pourrit… il faut donc vendre, fût-ce à prix cassés.

Léo Montaz, qui travaille entre autres sur les filières agricoles en Côte d’Ivoire, constate que pour reprendre progressivement et durablement la main sur la filière… le pays a d’abord choisi il y a un an ou deux, de se lancer dans la transformation sur place… Le cacao ainsi « trituré » comme on dit, est souvent beaucoup plus cher… cela permet de ne pas dépendre que de la demande des multinationales, et aussi de créer de l’emploi.

La deuxième évolution, est tout aussi progressive… c’est une transition vers le bio ou le label « commerce équitable »… Alors certes cette transition se fait avec les industriels et non sans eux, principalement Nestlé et Cargill, ce sont d’ailleurs eux souvent qui mettent la pression sur les planteurs pour labelliser leur cacao et pouvoir en tirer plus de profit.. Mais d’après Léo Montaz qui a pu en discuter avec eux, les planteurs sont plutôt satisfaits de cette évolution, puisque la conversion de leur exploitation leur est payée… Ils vendent leur cacao aux coopératives au prix établi par l’Etat mais ils touchent à la fin de l’année une prime de qualité.

Les agriculteurs en bénéficient, mais aussi l’environnement… car jusqu’à présent m’explique cette fois Thierry Pouch chef du service d’études et prospectives des Chambres d’agriculture, la culture du cacao en Côte d’Ivoire c’est de l’agroforesterie pure et dure, avec pesticides et produits phyto sanitaires, de la mono culture intensive qui consomme aussi beaucoup de forêts, car lorsqu’au bout de 30-40 ans un cacaoier devient moins productif, les planteurs coupent la forêt d’à côté pour y mettre à la place de nouveaux cacaoiers… Depuis les années 80 les destructions de forêts sont systématiques en direction de l’ouest… Et tout ça, pour produire essentiellement du cacao en poudre, à destination de l’export et d’un usage industriel – la Côte d’Ivoire produit finalement assez peu de chocolat à proprement parler contrairement à l’Amérique du sud.

Le cacao n’est pas qu’un produit à consommer c’est aussi un produit politique. Et les Ivoiriens le savent, qui ont eu pour président un ancien porte-parole du syndicat des planteurs, Félix Houphoüet-Boigny… le cacao hériter du système colonial était devenu un levier du mouvement indépendantiste… et le système de régulation qu’il avait mis en place, s’il s’en est aussi servi pour construire des clientèles politiques, avait néanmoins permis à financer de vrais projets pour les Ivoiriens, des routes des hôpitaux et des écoles... Les pays producteurs s'organisent pour retrouver cette souveraineté qui a porté ses fruits... La souveraineté des  "cabosses", c'est l'autre enjeu de ce lundi de Pâques.

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