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il ne suffit pas qu'un produit soit recyclable pour qu'il soit recyclé

Le cercle vicieux du recyclage

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Pour répondre à une surproduction de déchets, des filières de recyclage ont été mises en place. Mais la logique économique qui est la leur a des effets pervers.

il ne suffit pas qu'un produit soit recyclable pour qu'il soit recyclé
il ne suffit pas qu'un produit soit recyclable pour qu'il soit recyclé Crédits : Andrew Fox - Getty

Vous avez souligné, il y a quelques jours, ma propension à l’autocitation pour alimenter cette chronique. Je venais, il est vrai, de remettre dans le circuit une histoire de sucre dans le café et les leçons à tirer du film ‘’Soleil vert’’ (pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi, je vous renvoie aux chroniques de la semaine du 24 août). Pour ma défense, j’ai prétexté un comportement économiquement vertueux : le recyclage. Pourquoi jeter à la poubelle une idée quand celle-ci peut resservir ?

Mais ce qui vaut pour les biens immatériels ne vaut pas forcément pour les produits manufacturés. Car ici, si l’objectif affiché est bien de réduire la masse des déchets, la logique économique entre souvent en contradiction avec les impératifs environnementaux.

C’est ce qui ressort de la lecture du livre de Flore Berlingen : ‘’Recyclage, le grand enfumage’’, aux éditions Rue de l’Echiquier. La directrice de l’association Zero Waste France, qui milite pour une réduction drastique des déchets, s’y livre à un réquisitoire précis et documenté, non pas à l’égard du principe même du recyclage, mais de la façon dont il est instrumentalisé pour servir ce qu’il est censé combattre : le gaspillage.

Pour bien comprendre ce paradoxe, il faut revenir une cinquantaine d’années en arrière, lorsque la consommation de produits manufacturés explose. Elle augmente d’autant plus que les produits sont conçus pour ne pas durer. C’est le début de l’ère du tout jetable. Résultat : ‘’en France, au cours des années 70 et 80, le nombre de décharges est multiplié par 5’’.

Pour tenter de réduire l’empreinte de ces montagnes de déchets, les collectivités locales vont investir massivement dans la collecte et le traitement. Il faut acheter des camions, des containers, construire des centres de tri, et payer le personnel pour faire fonctionner cette filière. Or pour que ces investissements soient rentables, il faut qu’ils tournent à plein régime : plus il y a de déchets, plus cette activité est viable.

On comprend mieux ainsi pourquoi, lors des débats l’an dernier autour de la loi sur l’économie circulaire, de nombreux élus locaux se sont opposés à un retour de la consigne : cela mettait en péril l’organisation des activités de recyclage et donc une partie des investissements réalisés.

Mais ce n’est pas le seul paradoxe lié à cette filière. Et là encore, c’est la logique économique qui dicte sa loi.

D’abord, il ne suffit pas qu’un produit soit recyclable pour qu’il soit recyclé. Encore faut-il qu’il trouve preneur, qu’il y ait un marché : ce n’est pas toujours le cas. Tout dépend de son prix. Or, par exemple, la chute des cours du pétrole rend plus attractives les résines neuves plutôt que les plastiques recyclés.

Par ailleurs, contrairement à ce qu’on pourrait croire, le recyclage est un processus complexe : la plupart des emballages, composés de différents éléments, ne sont pas directement recyclables. Il ne s’agit pas de faire du tri en gros mais plutôt de la dentelle. Cela demande d’importants investissements, des technologies performantes. Or, comme l’explique Flore Berlingen, ‘’les nouveaux matériaux sont mis sur le marché avant que les conditions de leur recyclage soient réunies’’.  Car ‘’selon les lois du marché, il faut (d’abord) un flux de matières suffisant’’ pour que l’investissement dans le recyclage soit considéré comme rentable. Là encore, on aboutit à ce paradoxe : pour réduire le nombre de déchets, il faut d’abord en produire beaucoup.

Le plus gênant dans cette histoire, c’est que les principales responsables, à savoir les entreprises, ne participent que marginalement à cet effort. Certes, les industriels financent une partie de la collecte de leurs produits. Mais comme le note la directrice de Zero Waste, cette contribution s’élève seulement à 1,2 milliards d’euros. Or ‘’la gestion des déchets coûte environ 20 milliards d’euros par an, dont plus de 14 milliards pèsent sur le budget des collectivités locales…Autrement dit, le coût du traitement des déchets reste assumé par la société dans son ensemble’’.

Vous payez donc 2 fois : en tant que client, et en tant que contribuable. Je ne sais pas si c’est de l’ordre de la logique économique, mais c’est un sacré tour de passe-passe !

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