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après 33 ans à la tête du JT de 13h de TF1, Jean-Pierre Pernaut passe la main

Le monde selon JPP

3 min
À retrouver dans l'émission

Changement de titulaire au JT de 13h de TF1. Une transition en douceur, un ilot de stabilité dans un monde d'infos en continu.

après 33 ans à la tête du JT de 13h de TF1, Jean-Pierre Pernaut passe la main
après 33 ans à la tête du JT de 13h de TF1, Jean-Pierre Pernaut passe la main Crédits : Daniel SIMON - Getty

Songez que s’il était né le 25 décembre 1988, le Christ n’aurait connu dans sa vie qu’un seul présentateur du JT de 13h sur TF1. Après 33 ans aux commandes du journal télévisé, Jean-Pierre Pernaut vient de raccrocher les gants. Ce lundi, c’étaient les grands débuts de sa successeuse, Marie-Sophie Laccarau, journaliste expérimentée qui a fait ses armes en région.

Si dépernauïsation il doit y avoir (comme il y eut autrefois la déstalinisation), celle-ci n’est semble-t-il pas pour tout de suite. Hier, l’ouverture du JT était consacrée aux chutes de neige à Uzès dans le Gard, un village qui (je cite) ‘’d’habitude sent le sud et le soleil’’ ; puis à un reportage à Bailleul dans le Nord, auprès de clients d’un marché et d’une boulangerie à qui cette seule question était posée : ‘’comment allez-vous ?’’ Spoiler : ça va, tant qu’on a la santé !

Lorsque Jean-Pierre Pernaut présente son premier JT de 13h comme titulaire, le 22 février 1988, France Info n’a que quelques mois. La première chaine française d’information en continu (vive la radio !) est en situation de monopole sur ce créneau. Il faut attendre 1994 pour que la concurrence s’y mette à son tour : LCI, Itélé (qui deviendra CNews), BFM, France 24.

Pour le journalisme, c’est bien plus qu’une transition : une véritable rupture anthropologique. D’un seul coup, le temps s’accélère et se densifie. Il ne s’agit plus d’informer à heures fixes mais d’informer en permanence. L’actu en continu ressemble à une bulle de chewing-gum : on souffle dedans jusqu’à ce qu’elle éclate, poussée par la suivante. C’est l’heure du ‘breakings news’ permanent.

Ce qui est remarquable avec le JT de Jean-Pierre Pernaut, c’est qu’en dépit de cette accélération de l’information, de son caractère presque immédiatement périssable, de sa soumission aux humeurs des réseaux sociaux, son journal à lui, celui d’une France presque au ralenti, ait continué à creuser son sillon et à tutoyer les sommets. De 6 à 7 millions de téléspectateurs en moyenne, une part d’audience de 45% pour une édition à contre-courant, pour ne pas dire à contretemps de l’actualité.

Pour essayer de comprendre ce paradoxe, j’ai appelé Alexis Lévrier, spécialiste de l’histoire de la presse et du journalisme, auteur du ‘’Contact et la distance : le journalisme politique à l’heure de la connivence’’ (Les Petits matins). Comment, à l’heure du triomphe de l’info en continu, de la tyrannie du buzz, le journal de Pernaut a-t-il pu se maintenir aussi haut ?

Peut-être, me répond-il, à cause justement des chaines d’info. Leur approche compulsive de l’événement a quelque chose d’oppressant. Avec son 13h, TF1 propose au contraire une actualité ritualisée, routinière, qui rassure, quand bien même ce qu’elle montre n’existe pas vraiment. La France de Pernaut est une fiction nostalgique, mais celle de BFM ou de LCI n’est-elle pas, elle aussi, vu à travers un miroir déformant ?

Au fond, ces deux formes de journalisme (il y en a d’autres), nous confrontent à deux approches bien distinctes, mais dont aucune ne permet, à elle seule, de rendre compte du monde dans lequel nous vivons. Celle pour qui tout est en perpétuel mouvement, où chaque nouveauté est considérée comme une révolution qui chasse la précédente. Celle, à l’inverse, beaucoup plus douillette, pour qui tout est permanence, stabilité et répétition.

Et bien il me semble que nous risquons de croiser souvent ces deux fictions dans cette chronique élargie à toutes les transitions. Ne pas les surestimer, ne pas les sous-estimer non plus : voilà la feuille de route pour les mois à venir.

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