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ceci est un appel d'urgence

Appels d'urgence

5 min
À retrouver dans l'émission

Les appels de scientifiques pour sauver la planète se suivent et se ressemblent. Faut-il se contenter de les relayer ?

ceci est un appel d'urgence
ceci est un appel d'urgence Crédits : Jürgen Moers / EyeEm - Getty

13 novembre 2017 : 15364 scientifiques de 184 pays signent un appel dans la revue américaine Bioscience (reproduit dans Le Monde). Ils font le constat que ‘’l’humanité a échoué à accomplir des progrès suffisants pour résoudre (les) défis environnementaux annoncés’’, que la trajectoire du changement climatique est ‘’potentiellement catastrophique’’, que ‘’nous avons en outre déclenché un phénomène d’extinction de masse’’ Ils ajoutent qu’il est ‘’temps de réexaminer nos comportements individuels, y compris en limitant notre propre reproduction et en diminuant drastiquement notre consommation’’ Ils disent encore que ‘’les citoyens ordinaires doivent exiger de leurs gouvernements qu’ils prennent des mesures immédiates car il s’agit là d’un impératif moral’’

7 septembre 2018 : 700 scientifiques français signent un appel dans Libération. Ils font le constat que ‘’nous sommes d’ores et déjà pleinement entrés dans le futur climatique’’, que cela se manifeste par une ‘’hausse des températures moyennes’’, une ‘’récurrence des chaleurs extrêmes’’, la ‘’destruction d’écosystèmes rares et précieux’’, l’’’acidification des océans’’. Ils ajoutent que ‘’pourtant l’essentiel de la lutte pour contenir le réchauffement tarde à être mis en place’’ ; que pourtant, il y a des ‘’solutions déjà disponibles : diminution de la consommation d’énergie, recours à des énergies décarbonées, meilleure isolation des bâtiments, ferroutage, production locale…’’ Ils disent encore que ‘’les discours sont insuffisants’’, qu’il est ‘’urgent de sortir du champ de l’incantatoire’

5 novembre 2019 (la semaine dernière) : 11 000 scientifiques, issus de 153 pays, renouvellent leur appel d’urgence dans la revue Bioscience. Ils font le constat que ‘’les décès, les maladies augmentent rapidement’’, que ‘’la crise climatique s’accélère davantage que nous ne l’anticipions’’, que ‘’malgré 40 ans de négociations sur le climat mondial, à quelques rares exceptions près, nous avons généralement poursuivi nos activités habituelles’’. Ils ajoutent que ‘’nous devons changer nos modes de vie’’, que des efforts immenses doivent être entrepris pour préserver notre biosphère et nous éviter ‘’des souffrances indescriptibles’’ Ils disent encore qu’ils sont ‘’prêts à aider les décideurs dans une transition juste vers un avenir durable et équitable’’, ‘’que les perspectives seront meilleures si les décideurs et l’humanité toute entière réagissent promptement à cet avertissement’’.

J’en étais là de ma chronique hier soir, avec l’intention de ne plus trop y toucher, considérant que la répétition de ces appels d’urgence se suffisait à elle-même, l’absence de commentaire ajoutant à la gravité du propos. A la rigueur, je pouvais l’assortir d’une conclusion, sourcils froncés, regard profond, sur l’air bien connu de ‘’Notre maison brûle, et nous regardons les flammes’’. Petite morale moralisatrice, ça ne mange pas de pain, j’aurais versé ma contribution à la cause climatique, passons à la chronique de demain.

Mais c’est justement ce qui me chiffonne, cette façon d’expédier le sujet, de considérer que le travail est fait à partir du moment où l’appel a été relayé. Il me semble que c’est la façon dont, la plupart du temps, sont traitées ces tribunes : deux minutes de gravité, et retour aux affaires courantes.

Nous devrions pourtant être obsédés par ces questions. Quand je dis ‘nous’, je pense aux journalistes, et à ceux qui sont nos interlocuteurs privilégiés, les décideurs politiques et les experts. La campagne électorale permanente qui caractérise notre démocratie devrait se nourrir de ces questions, non pas comme nourriture exclusive (il y a quantité d’autres sujets à traiter), mais du moins en faire l’élément central du dîner. Question de cohérence : pourquoi relayer de tels appels si ce n’est pas pour les prendre au sérieux ensuite.

Les alertes des scientifiques devraient être décortiquées, débattues, après tout on n’est pas obligé de partager toutes les pistes proposées, si j’ose dire, les scientifiques n’ont pas la science infuse. Elles devraient occuper l’espace médiatique, coloniser les émissions politiques.

Qu’est-ce qui fait que ça ne fonctionne pas de cette manière ?

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