LE DIRECT
Prudence mère de sûreté... ou l'inverse ? C'est la poule et l'oeuf

Adieu prudence ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Les pays anglo-saxons qui vaccinent à tour de bras, ne se privent pas pour moquer une Europe hésitante et timorée. La pandémie est-elle en train de remettre en cause notre principe de précaution ?

Prudence mère de sûreté... ou l'inverse ? C'est la poule et l'oeuf
Prudence mère de sûreté... ou l'inverse ? C'est la poule et l'oeuf Crédits : Ian Gwinn - Getty

En Europe, essayez toujours de contourner le principe de précaution : il finira par vous rattraper.

Un Norvégien de cinquante ans a pris le risque. Après quelques jours de vacances en Suède, il a décidé qu’il n’avait absolument pas le temps de se soumettre au test anti-Covid exigé pour rentrer chez lui, et encore moins aux dix jours d’isolement à son arrivée. Il est donc allé jusqu’à la frontière qui sépare la Suède de la Norvège, a chaussé ses skis… La suite ressemble à un mauvais clip de prévention imaginé par les autorités sanitaires (ou les Monty Python) mais non : il se perd dans une tempête de neige, est retrouvé par un éleveur de rennes et remis à la police qui... le place en quarantaine bien sûr !

Cette introduction est de mauvaise foi et donne totalement crédit au philosophe Jean-Pierre Dupuy qui déplore que l’expression « principe de précaution » soit utilisée à tort et à travers. Appliquée au Covid, elle peut déjà se circonscrire aux débats provoqués par la vaccination ; il y a déjà suffisamment à dire et c’est sur cette question-là que les écarts d’appréciation sont les plus flagrants.

Certains pays de l'Union européenne vous le savez, ont suspendu l’AstraZeneca pour 48h mi-mars, et ne le recommandent plus que pour certaines tranches d’âge, tout en courant après les doses pour vacciner au compte-gouttes.

Le Royaume-Uni, lui, a eu pour seule ligne de conduite le calcul bénéfices/risques. L’Agence de réglementation des médicaments et des produits de santé outre-Manche a bien précisé ce week-end avoir identifié trente cas de thromboses suite à l’administration d’AstraZeneca, dont sept mortels (sur plus de 18 millions de doses administrées) : cela n’a en aucun cas remis en cause la campagne de vaccination ni provoqué de débat ou alors à la marge… Tout au plus l’Université d’Oxford a-t-elle suspendu les essais du vaccin sur les enfants, en attendant l’avis du régulateur.

Entre ces deux stratégies ou postures, il n’y en a guère d’intermédiaire. Certes, les Etats-Unis, pas spécialement à cheval sur le principe de précaution, n’ont toujours pas approuvé le vaccin AstraZeneca. Mais difficile de dire s’il s’agit de considérations sanitaires, ou d’une volonté de favoriser les laboratoires américains Pfizer, Johnson and Johnson ou Novavax… Alors que les Etats-Unis s’apprêtent à vacciner tous les adultes qui le souhaitent d’ici le 19 avril, soit avec une avance de dix jours sur le calendrier, la Maison Blanche dit même qu’ils pourraient se passer d’AstraZeneca (en revanche ils le stockent, ce qui est une autre forme de précaution !)

Tout serait donc question de risque… calculé. 

En France, les détracteurs du principe de précaution soupçonnent les responsables politiques d’être obsédés par le syndrome dit « du sang contaminé » donc la possibilité de poursuites pénales en cas de mise en danger avéré des citoyens. Ils les accusent aussi de faire preuve d’orgueil et de considérations géopolitiques en refusant le vaccin russe, et de vouloir ménager les « anti-vaccins » dont pourtant bien malins sont ceux qui pourraient estimer leur nombre et surtout dire avec certitude s’ils sont contre le vaccin, ou contre l’obligation du vaccin ce qui n’est pas la même chose, ou contre les institutions en général.

Le principe de précaution est devenu dans ce cas précis immobilisme, le travers dans lequel ses promoteurs à l’inverse, ne voulaient surtout pas tomber.

La crise du Covid ne peut pas remettre en France le principe de précaution puisqu’il est constitutionnel… mais peut-être va-t-elle assouplir sa pratique ?

Les moqueries dont nous sommes la cible ont une part d’opportunisme quand elles proviennent du Royaume-Uni, qui justifie ainsi le Brexit a posteriori… Mais elles rappellent aussi à juste titre l’arrogance de l’Union européenne … dès le début de la pandémie, quand elle se disait plus efficace que les populistes, plus précautionneuse que les Américains. « Plus rapias, oui ! » se moquent les intéressés qui, faut-il les en féliciter ?, ont sans faire de manières sorti le portefeuille devant les laboratoires pharmaceutiques.

A l’inverse, les Etats-Unis pour organiser au mieux leur campagne de vaccination, ont demandé conseil à l’Unicef, quand la France payait très cher une boîte de consultants privée. La « précaution » n’est pas seulement là où on la croit.

Chroniques

8H51
3 min

Carnet de philo

La nostalgie de la vie à heures fixes
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......