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le travail réalisé par les abeilles vaudrait 153 milliards d'euros par an

Pour services rendus

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Deux rapports viennent d'être publiés sur l'érosion de la biodiversité, l'un par le WWF, l'autre par le CAE : deux approches différentes, mais complémentaires.

le travail réalisé par les abeilles vaudrait 153 milliards d'euros par an
le travail réalisé par les abeilles vaudrait 153 milliards d'euros par an Crédits : proxyminder - Getty

Vous avez probablement entendu parler du rapport publié hier par le WWF, rapport bisannuel dans lequel l’ONG quantifie et analyse la perte de biodiversité sur la planète. On y apprend qu’entre 1970 et 2016, les populations de vertébrés, à savoir les mammifères, les oiseaux, les poissons, les reptiles et les amphibiens, ont chuté en moyenne de 68 % ; et que cette érosion, calculée à partir de l’observation de plus de 4000 espèces, ne cesse de s’aggraver.

Toujours selon le WWF, cette perte de biodiversité, au-delà des impacts environnementaux et sanitaires qu’elle engendre, aurait un coût énorme : de l’ordre de ‘’479 milliards de dollars par an, soit environ 10 000  milliards de dollars d’ici 2050’’. Des chiffres que l’ONG avait déjà publiés en début d’année, en calculant les pertes économiques liées notamment à la dégradation des zones côtières, à un moindre stockage du carbone, ou encore à la perte d’habitats pour les insectes pollinisateurs.

Je suis toujours un peu sceptique par rapport à de telles estimations et à la façon dont elles sont réalisées, mais elles ont au moins un mérite : celui de ne pas cantonner cette question à sa seule dimension affective (il faut sauver les pandas parce qu’ils sont mignons), mais d’en faire un enjeu d’ordre économique. Il y a peut-être une forme de cynisme à faire entrer la biodiversité dans un bilan comptable, mais du moins cette approche permet-elle de guider les décisions.

C’est cette approche par l’économie qui est au cœur d’un autre rapport publié hier, cette fois par le CAE, le Conseil d’analyse économique, organisme en charge de conseiller le gouvernement sur différentes questions.

Les auteurs partent du constat suivant : ‘’les stratégies nationales successives pour la biodiversité n’ont pas réussi à enrayer son déclin’’, ‘’il a manqué aux décideurs publics une réflexion globale sur le fonctionnement des écosystèmes et une approche économique…pour concevoir des instruments efficaces’’ Et de plaider notamment pour des dispositifs fiscaux plus incitatifs (je vous laisse découvrir les préconisations du rapport sur la page de la chronique).

Mais ce qui m’a le plus intéressé, c’est la réflexion méthodologique. Comment mesurer la valeur des services rendus par les écosystèmes, afin de procéder ensuite aux nécessaires arbitrages entre ce qui relève du prioritaire et ce qui, du coup, est relégué à un rang secondaire ? Car, comme on peut le lire dans le rapport, ‘’s’il y a des arguments scientifiques forts pour ne pas hiérarchiser les espèces’’, ‘’l’objectif de tout préserver aurait un coût non accepté’’ (entendez par-là non-accepté par la société).

Cela suppose d’abord d’identifier la nature des services rendus par la biodiversité. Services en termes d’approvisionnement, autrement dit ce que la nature produit nous nourrir, nous chauffer, nous soigner. Services en termes de régulation : le stockage du carbone, le recyclage naturel des déchets, le maintien de la qualité de l’air et de l’eau en font partie. Ou encore services culturels, à savoir ‘’les avantages immatériels obtenus au contact de la nature’’, par exemple lorsque vous faites de la randonnée.

Une fois établis cette liste de services, il faut leur attribuer une valeur. Et là encore, il y en a de différents types. La plus évidente est la valeur d’usage, qu’on pourrait résumer ainsi : quel serait le coût, par exemple, de la pollinisation, si la nature ne s’en chargeait pas ? On cite souvent à ce sujet une étude de l’INRA et du CNRS qui estime à 153 milliards d’euros la valeur du travail réalisé par les abeilles.

Mais les auteurs du rapport retiennent aussi la valeur d’existence, qui mesure l’attachement pour une espèce (nos amis pandas) ou encore la valeur d’option, qui consiste à donner un prix à des organismes naturels susceptibles de nous rendre service à l’avenir : qui sait par exemple si telle plante négligée aujourd’hui ne va pas nous aider à combattre la Covid 19 ?

Le fait que le rapport du CAE ait été publié le même jour que celui du WWF est sans doute un hasard. Mais c’est un hasard heureux, qui nous rappelle qu’en matière de biodiversité, si l’interpellation par des chiffres spectaculaires est sans doute nécessaire, y répondre suppose de faire l’effort d’entrer la complexité. L’un ne va pas sans l’autre.

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