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le réchauffement climatique va-t-il nous cannibaliser ?

Mangez-vous les uns les autres

3 min
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Le réchauffement climatique aurait pour effet d'augmenter les cas de cannibalisme chez les ours polaires. Perspective effrayante.

le réchauffement climatique va-t-il nous cannibaliser ?
le réchauffement climatique va-t-il nous cannibaliser ? Crédits : Image Source - Getty

C’est probablement dans un exemplaire de l’Almanach Vermot que j’ai découvert pour la première fois ce classique de la blague anthropophage : ‘’- Tu l’aimes bien ta mère ? - Oui ! - Alors reprends-en un morceau !’’ Je raconte très mal les blagues, mais celle-ci n’est pas non plus très drôle.

Il faut dire qu’au rayon des pires dystopies que nous pourrions être amenés à vivre, le cannibalisme est, en ce qui me concerne, la perspective la plus effrayante.  Les deux livres qui m’ont le plus traumatisé ces dernières années y font référence : Mangez-le si vous voulez de Jean Teulé, dont l’action (culinaire) est inspirée d’un fait divers réel, dans le Périgord, au XIXe siècle ; et surtout La Route de Cormac McCarthy, roman post-apocalyptique, où le héros et son fils tentent de survivre dans un monde où l’homme n’est pas seulement un loup pour l’homme mais aussi un steak.

Si je vous parle de ce sujet, c’est à cause d’une dépêche de l’Agence France Presse intitulée Dans l’Arctique russe, le cannibalisme est en hausse chez les ours blancs’’. On y apprend que les ours, ‘’menacés à la fois par les effets du changement climatique et l’activité humaine’’ auraient de plus en plus tendance à ‘’s’entre-dévorer pour survivre’’. Le manque de nourriture irait même jusqu’à ‘’pousser les mâles à manger leurs oursons’’.

Il faut préciser ici que ce phénomène de cannibalisme n’est pas inédit dans le règne animal. Vous trouverez sur la page de l’article Wikipedia consacré au sujet une photo saisissante d’un ‘mononchidae mangeant un autre mononchidae. Un des exemples les plus connus est aussi un des plus angoissants : celui de la mante religieuse qui dévore son amant après l’accouplement, véritable outil de promotion de l’abstinence.

Mais ce qui est effrayant avec cette histoire d’ours polaire, c’est de corréler la hausse des températures à une hausse du cannibalisme, et d’imaginer par conséquent que l’anthropo/cène fasse de l’anthropo/phagie son futur modèle alimentaire. Sur une planète à plus 4 degrés, la chair humaine aurait ses chances dans les meilleures brasseries.

Comme toutes les idées aberrantes, celle-ci mérite qu’on la considère sérieusement. A l’automne dernier, un certain Magnus Söderlund a provoqué un sacré boucan en défendant cette idée de dévorer son prochain pour lutter contre le changement climatique. Ce scientifique suédois, spécialiste du comportement, défend le principe, pas si bête, que nous pourrions manger nos morts plutôt que de la viande industrielle, ce qui aurait pour effet d’améliorer notre bilan carbone.

Précision importante : dans le monde de Söderlund, on ne mange pas son voisin vivant, on attend qu’il soit décédé. On attend aussi que les tabous autour de cette pratique soient levés, ce qui risque d’être assez long, nonobstant les conséquences sanitaires d’une telle pratique.

Encore que… ne sommes-nous pas déjà un peu cannibales ? C’est ce qu’on peut déduire de la lecture d’un article de l’anthropologue Fanny Parise pour le site The Conversation. On y apprend par exemple l’existence d’un projet de ‘’culture de champignons comestibles grâce à ses propres cheveux’’ ou encore du projet ‘’DNA Beauty qui s’intéresse au futur de la beauté par l’intermédiaire d’une médecine esthétique rendant possible l’ingestion d’ADN d’autres individus’’.

Et que dire de la technique du compost humain, dont la pratique a été légalisée l’an dernier dans l’Etat de Washington aux Etats-Unis, et dont le développement est directement associé à l’idée d’une mort plus écologique : les cadavres, transformés en humus, sont directement associés au cycle de la vie ? Ce qui pourrait avoir pour effet de moderniser les vieilles blagues de l’Almanach Vermot : ‘’Tu l’aimais bien ta mère ? Oui. Et ben reprends des pommes de terre !’

par Hervé Gardette

Chroniques

8H50
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La routeL'Olivier, 2008

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