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Vue aérienne de la forêt amazonienne

Une prière pour l'Amazonie ?

3 min
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#PrayforAmazonia, ‘’Priez pour l’Amazonie’’, la formule est devenue virale sur les réseaux face aux incendies qui ravagent le "poumon de la planète". Fonte des glaciers, incendie géant... l'émoi mondial face aux catastrophes écologiques flirte de plus en plus avec le spirituel et le religieux.

Vue aérienne de la forêt amazonienne
Vue aérienne de la forêt amazonienne Crédits : Lula SAMPAIO - AFP

On a beau ne pas croire en Dieu, ni en ses prophètes, une courte prière de temps en temps rassure : ‘’petit Jésus, fais que cette première chronique se passe bien…ainsi que toutes les autres’’. On sait bien que le petit Jésus a d’autres chroniqueurs à fouetter, mais enfin, ça ne mange pas de pain, du moment que ça reste entre Lui et vous.

Plus perturbantes sont ces prières profanes et publiques qui se développent en parallèle à la prise de conscience du péril écologique. Peut-être avez-vous entendu parler du hashtag #PrayforAmazonia, et sa variante #PrayfortheAmazon : en français, ‘’Priez pour l’Amazonie’’ . La formule, devenue virale, vient ponctuer les nombreux messages qui accompagnent les incendies qui ravagent la forêt brésilienne. Ainsi cette internaute, le 21 août, à 9 h04, sur Twitter : ‘’on a signé notre arrêt de mort à partir du moment où l’Amazonie a pris feu. #PrayforAmazonia’’.

La manie pénible du hashtag compassionnel

Passons sur cette manie pénible du hashtag compassionnel, qui vient ponctuer désormais chaque événement dramatique. Et ne sous-estimons pas non plus l’intérêt qu’il peut y avoir à reprendre cette formule-clé, pour être identifiable sur les réseaux sociaux.

Mais c’est le choix de la prière collective comme mode de mobilisation qui, en la matière, pose question. D’abord parce que, jusqu’à preuve du contraire, une prière n’a jamais permis d’éteindre un incendie (pas même celui de Notre Dame) Ensuite parce qu’il témoigne d’une tendance de fond, qui voit les luttes environnementales flirter de plus en plus avec le spirituel et le religieux. Avec, en fond sonore, la petite musique morbide de la fin du monde. Prions, puisque c’est tout ce qui nous reste.

Un autre exemple dans l'actualité illustre cette tendance, qui emprunte davantage cette fois aux rites païens : la cérémonie funèbre organisée il y a 8 jours en Islande pour rendre hommage à un glacier, l’Okjökull, disparu -en tant que glacier- il y a 5 ans : le premier de son espèce à succomber au réchauffement climatique.

Il s’agissait non pas d’une cérémonie pour hurluberlus, mais d’un vrai hommage officiel, en présence de la première ministre islandaise. Une sorte de panthéonisation au temps de l’anthropocène. On pourra désormais, à condition d’avoir de bonnes chaussures de marche, venir s’y recueillir, devant une plaque à l’adresse des générations futures sur laquelle on peut lire ‘’ce monument atteste que nous savons ce qui se passe et ce qui doit être fait. Vous seuls savez si nous l’avons fait’’ .

‘’Retrouver l’unité perdue entre l’être humain et la nature’’

Dans le ‘’Dictionnaire de la Pensée écologique’’ (publié aux PUF), le théologien Pierre Gisel s’intéresse à la place de la spiritualité ‘’dans le champ des engagements écologiques’’. ‘’On y renoue’’, écrit-il, ‘’avec d’autres matrices, celles de sagesses plus anciennes ou venant d’ailleurs. Et l’on convoque alors des modes de rapport au monde…qui ont -ou auraient été- ceux d’Améridiens, d’Afrique, d’Inde ou d’Extrême-Orient’’

Ce courant porte un nom : celui d’éco-spiritualité. Une approche qui vise à ‘’retrouver l’unité perdue entre l’être humain et la nature’’ comme l’explique un de ses théoriciens, le suisse Michel Maxime Egger, qui considère que la transformation du monde extérieur passe par la transformation de son moi intérieur. Ainsi, l’hommage au glacier, les prières pour la forêt amazonienne (créature dotée de pouvoirs considérables, presque magiques, puisque qualifiée de ‘’poumon’’ de la planète) renvoient de manière exotique au concept de la Terre-Mère, Gaïa, ou la Pachamama, cette divinité sous la tutelle de laquelle se plaçaient les Incas.

On peut songer avec nostalgie à cette époque révolue, pour peu qu’elle ait vraiment existé, où les Hommes, lui vouant un culte, faisaient corps avec la nature. Pour ma part, plutôt qu’à cette resucée New-Age, je serais plutôt tenté d’adhérer à un autre hashtag, apparu peu après sur les réseaux sociaux : #ActforAmazonia : Agissez pour l’Amazonie. Beaucoup plus séduisant quand on prétend à la rationalité. Mais beaucoup plus efficace ? Cela reste à démontrer !

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