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Journalistes, voilà ce qui arrive à vos cheveux si vous approchez de trop près l'écologie

Peut-on faire une chronique sur l'écologie sans se transformer en écologiste ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Ou comment garder la bonne distance avec l'objet "environnement".

Journalistes, voilà ce qui arrive à vos cheveux si vous approchez de trop près l'écologie
Journalistes, voilà ce qui arrive à vos cheveux si vous approchez de trop près l'écologie Crédits : Dave Fimbres - Getty

C’est en lisant le dernier roman de Lola Lafon cet été que m’est apparu un des principaux défis auxquels je vais être confronté cette année : comment ne pas devenir un affreux ‘khmer vert’ ? Dans ‘’Mercy, Mary, Patty’’, l’écrivaine reconstitue le parcours de Patricia Hearst, cette jeune et riche héritière américaine, enlevée, au mitan des années 70, par un groupe de militants armés d’extrême-gauche, et qui, très vite, finit par épouser leur cause : cas typique du syndrome de Stockholm (bien connu des psychiatres), qui voit un captif s’attacher à son ravisseur.

Toute proportion gardée (je rassure ma famille : je ne suis pas retenu en otage par les écolo-gauchistes de France Culture), voilà me semble-t-il un vrai sujet de réflexion sur comment garder la bonne distance avec son sujet, une distance critique, quand celui-ci promet d’être envahissant, au point d’affecter tout autant la vie professionnelle que la vie privée (puisque pour cette chronique, je vais tenter de vivre la transition au quotidien, à hauteur de compost). Autrement dit, comment rester journaliste, comment ne pas devenir militant.

A vrai dire, cette question se pose plus largement. Pour les journalistes politiques par exemple. Dans ‘’Le contact et la distance’’, l’historien des médias Alexis Lévrier évoque les rapports de proximité, parfois d’intimité, qui fondent les relations entre la presse et le pouvoir en France, au risque de la connivence. Signe des temps : c’est justement sur le terrain de l’écologie que cette proximité problématique s’est manifestée dernièrement avec le couple formé par Isabelle Saporta et Yannick Jadot : la première a été vertement critiquée pour avoir tu sa relation avec le candidat d’EELV, alors qu’elle s’occupait de la chronique écologie sur RTL : elle a depuis franchi le Rubicon.

"La passion du militantisme ne doit pas prendre le pas sur la passion du journalisme"

J'ai justement appelé Alexis Lévrier pour lui soumettre ce sujet qui me préoccupe. Voici ce qu’il m’a répondu : ‘’la passion du militantisme ne doit pas prendre le pas sur la passion du journalisme. Il faut être capable de mettre à l’épreuve ses propres convictions, d’admettre les contradictions. Surtout sur un sujet, l’écologie, sur lequel il n’y a pas encore, dans un certain nombre de cas, de consensus scientifique’’. J’aurais pu rétorquer que ce qui vaut pour l’écologie vaut aussi dans d’autres domaines, comme l’économie par exemple ; que la mise à l’épreuve des convictions, c’est justement ce à quoi nous confrontent les questions de la transition…mais nous avions déjà raccroché.

"Travailler sur l’écologie conduit à l’engagement"

2e coup de fil : cette fois, c’est Jade Lindgaard qui répond. Jade Lindgaard travaille à Mediapart, elle est spécialiste des questions d’écologie. Elle a raconté sa prise de conscience dans un livre dont je vous recommande la lecture : ‘’Je crise climatique. Ma chaudière, la planète et moi’’ Militante, Jade Lindgaard ? Non. Journaliste engagée ? Elle l’admet et le revendique, comme une fatalité nécessaire. ‘’Travailler sur l’écologie’’ m’explique-t-elle ‘’conduit à l’engagement, parce que cela renverse notre lecture du monde. Or cette lecture est minorisée, voire combattue.’’ Il faut donc s’engager, cqfd. Oui mais, et l’objectivité, et la neutralité, les deux mamelles de notre beau métier ? ‘’Ce sont en effet les canons du journalisme’’ me répond-elle, ‘’mais des canons qui ont surtout servi à maintenir une vision du monde conservatrice. Travailler sur l’écologie conduit donc à repenser la façon dont la production de l’information est organisée.’’

Me voilà prévenu : cette chronique va me transformer, changer ma vision du monde. Mais pour combien de temps ? Patricia Hearst, après avoir été jugée, emprisonnée puis graciée par le président Jimmy Carter, est redevenue une Américaine modèle. Ouf, me voilà rassuré !

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