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ces 10 derières années, la forêt amazonienne brésilienne a rejeté davantage de carbone qu'elle n'en a absorbé

L'Amazonie, à bout de souffle

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La forêt amazonienne brésilienne rejette davantage de carbone qu’elle n’en absorbe. Cela vous inquiète ? Vous avez raison.

ces 10 derières années, la forêt amazonienne brésilienne a rejeté davantage de carbone qu'elle n'en a absorbé
ces 10 derières années, la forêt amazonienne brésilienne a rejeté davantage de carbone qu'elle n'en a absorbé Crédits : Westend61 - Getty

Histoire de vous mettre immédiatement dans l’ambiance, je vais vous parler des seuils de rupture climatique. De quoi s’agit-il ? Ce sont des points de bascule qui, une fois franchis, sont susceptibles de dérégler le climat de manière incontrôlable et irréversible. Ils sont atteints lorsque la dégradation de certains grands écosystèmes provoque des réactions en chaine, selon le principe de l’effet domino. On considère par exemple que la fonte des calottes glaciaires ou celle du pergélisol (ou permafrost) va élever le niveau des mers, modifier les courants océaniques et réchauffer l’atmosphère.

Il se trouve que parmi la dizaine de points de bascule identifiés par les scientifiques, il y a le dépérissement de la forêt amazonienne. Le rôle de cette immense forêt est connu : elle participe à la régulation du climat, en particulier du fait de sa capacité à stocker le carbone. C’est d’autant plus vrai qu’il s’agit d’une forêt tropicale (la plus grande du monde) : il se trouve que les forêts humides stockent davantage de CO2 que les forêts sèches.

Lorsque la forêt amazonienne est attaquée, la mécanique se dérègle. Il y a bien sûr la déforestation qui réduit mathématiquement sa capacité à stocker le gaz carbonique : moins d’arbres, moins de puits de carbone. Mais ce sont aussi les dégradations provoquées par les incendies ou les périodes de sécheresse qui, sans forcément la détruire, l’abiment et la fragilisent. Les arbres sont toujours là mais sont beaucoup moins solides. La forêt devient alors moins efficace dans sa fonction de régulation du climat.

Pire : au lieu d’absorber le CO2, elle le libère et contribue donc à augmenter le stock de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Pour résumer à gros traits, on pourrait dire que plus on malmène la forêt tropicale, moins elle nous protège et plus elle nous menace (évidemment, ce n’est pas la forêt qui est menaçante mais les effets de ce qu’on lui fait subir)

Et bien c’est justement ce qui est en train de se passer selon une étude publiée en fin de semaine dernière par la revue Nature Climate Change, à laquelle a notamment participé l’Inrae (Institut français de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement). Où il apparait qu’au cours des 10 dernières années, la forêt amazonienne brésilienne a rejeté dans l’atmosphère davantage de CO2 qu’elle n’en a absorbé : 16,6 milliards de tonnes contre 13,9 milliards, soit un différentiel de près de 20%.

Evidemment, on peut toujours se rassurer en se disant que cette étude ne vaut que pour le Brésil (autrement dit pour les 2/3 de la forêt amazonienne). Si on prend en compte l’ensemble du massif (que se partagent 8 autres pays, dont la France), le bilan entre rejet et absorption est neutre. Neutre…pour l’instant. Car même si la déforestation n’y a pas la même ampleur, la sécheresse, elle, devient partout plus intense, au risque de faire basculer une partie de la forêt tropicale dans une végétation de type savane. Ce qui reviendrait à perdre une alliée de taille dans la lutte contre le changement climatique.

On parle traditionnellement (et abusivement) de l’Amazonie comme du poumon vert de la planète : c’est un peu comme si on avait affaire désormais aux poumons d’un fumeur. 

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