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PNC aux portes, armement des toboggans...

Comme un avion sans elles (et sans eux)

4 min
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Les passagers désertent le transport aérien... ce qui n'empêche pas les avions de voler : décisions absurdes ?

PNC aux portes, armement des toboggans...
PNC aux portes, armement des toboggans... Crédits : Bernard Van Berg / EyeEm - Getty

Depuis que, sur les longs courriers, la plupart des classes économiques sont équipées d’écrans individuels, je peux partir pour n’importe quelle destination lointaine, les yeux fermés : je sais que quoi qu’il arrive, mon voyage sera réussi. A ma connaissance, l’avion est le seul endroit où l’on ose boire du jus de tomate et regarder des films débiles sans trop culpabiliser.

Summum du confort individuel : lorsque, en dépit du surbooking et des escales visant à le remplir, l’appareil, malgré tout, n’est pas plein. D’un déplacement à Chicago pour le compte de France Culture, j’ai autant retenu l’incroyable beauté de son architecture que la possibilité, lors du vol retour, de pouvoir disposer d’une travée entière, et de m’y allonger.

Transition écologique oblige, je limite désormais mes voyages en avion. Mais l’épidémie de coronavirus a bien failli ressusciter chez moi l’envie de longs trajets aériens. Vous avez sans doute vu passer ces images de cabines presque vides, de passagers dispersés dans les rangées, pouvant, à leur gré, changer de siège, côté hublot ou côté couloir, sans déranger personne…puisqu’il n’y a personne susceptible d’être dérangé.

Avoir un avion pour soi tout seul : quelle aubaine ! Mais quelle aberration ! Comment justifier que des appareils décollent alors qu’ils sont aux ¾ vides ? Economiquement, c’est stupide : faute de passagers en nombre suffisant, il est moins coûteux de laisser un avion au sol que de le faire voler. Ecologiquement, c’est désastreux. Certes, s’il est moins chargé, l’appareil va consommer moins de carburant que s’il affiche complet. Mais rapporté à chaque passager, le bilan carbone est calamiteux. Surtout, émettre autant de CO2 et d’autres gaz à effet de serre pour une poignée de personnes, voilà qui est stupide et moralement discutable (faites passer l’info aux propriétaires de jets privés).

Il y a pourtant bien une logique à voir décoller malgré tous ces avions fantômes, même s’il s’agit d’une logique absurde : les slots. Un slot, dans le langage aéronautique, c’est un créneau de décollage attribué aux compagnies aériennes. Pour les conserver, chacune d’entre elles doit les utiliser au moins à 80%, faute de quoi ils sont redistribués. Si certains avions décollent malgré une quasi-absence de passagers, c’est donc parce que les compagnies veulent conserver leurs slots : logique, et absurde.

Dans l’article qu’il consacre à ce sujet, le journal Le Monde relativise néanmoins cette pratique, citant Air France qui conteste faire voler des avions à vide. Mais comme souvent, les images sont les plus fortes. La viralité des photos de cabines désertées et les réactions qui ont suivi ont poussé la Commission de Bruxelles à réagir. Interpellée par des parlementaires européens, sa présidente, Ursula von der Leyen, propose d’assouplir les règles : les compagnies peuvent désormais conserver leurs créneaux même si leurs appareils restent cloués au sol.

Cette décision est certes provisoire, le temps de laisser passer les effets du coronavirus sur la fréquentation des aérodromes. Mais l’histoire des avions fantômes pourrait se prolonger au-delà. De la même manière que les grèves de décembre ont stimulé la pratique de la bicyclette, le COVID19 aura – peut-être – un effet régulateur sur les voyages en avion, ne serait-ce que parce que certaines compagnies, en difficulté, risquent de ne pas se relever d’une perte d’activité importante. Et ce n’est pas la décision de Donald Trump cette nuit de suspendre les vols en provenance d’Europe qui va arranger leurs affaires...

Autre impact, plus inattendu : le gouvernement français a décidé hier de reporter la privatisation d’Aéroports de Paris, considérant qu’en raison de l’épidémie, les conditions de marché ne sont pas réunies. Preuve qu’un seul virus est plus fort qu’une pétition signée par un million de personnes, ce qui renouvelle considérablement la théorie politique.

On peut enfin tirer un dernier enseignement qui va bien au-delà de la seule question du transport aérien : les crises, lorsqu’elles détraquent le fonctionnement habituel d’un système en révèlent aussi les absurdités et les incohérences. Tout n’est pas à jeter dans le coronavirus.

par Hervé Gardette

Chroniques

8H50
3 min

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