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le béton de ciment est aujourd’hui le matériau le plus utilisé dans le monde

Le béton, un coupable idéal ?

4 min
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Des déchets de béton déversés dans la Seine en plein Paris : voilà un nouvel élément à charge contre ce matériau, à fort impact sur l'environnement. Mais le béton est-il vraiment coupable ?

le béton de ciment est aujourd’hui le matériau le plus utilisé dans le monde
le béton de ciment est aujourd’hui le matériau le plus utilisé dans le monde Crédits : simonkr - Getty

A supposer que Jacques Chirac ait vécu assez longtemps pour tenir sa promesse de se baigner dans la Seine, on lui aurait déconseillé de le faire à proximité du quartier de Bercy, sous peine de se retrouver figé dans un bloc de béton : le groupe Lafarge y a été pris en flagrant délit de pollution, déversant dans le fleuve des particules de ciment entre autres déchets.

L’affaire, révélée cette semaine par Europe 1, mais dénoncée depuis déjà quelques mois par les élus LFI de la capitale, a conduit la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, à lancer une vaste opération de contrôle des installations de Lafarge. Au total, une dizaine de sites bordant la Seine en Ile de France.

J’habite pour ma part à quelques centaines de mètres de l’usine incriminée, je passe à proximité tous les jours, vue plongeante sur le site grâce au métro aérien, mais comme souvent quand des choses s’offrent quotidiennement à votre vue, au bout d’un moment, vous ne les voyez plus. C’est le cas avec le béton, probablement à cause de son omniprésence.

Le béton de ciment est aujourd’hui le matériau le plus utilisé dans le monde, à raison d’une tonne par an et par personne. Il est partout : dans les grands ensembles, les quartiers résidentiels, les parkings, les ponts, les barrages, les autoroutes, les centrales : robuste, performant et rentable, il a conquis le monde, en particulier après la fin de la seconde guerre mondiale, même si son histoire est beaucoup plus ancienne.

C’est ce qu’on apprend à la lecture d’un rapport publié au printemps dernier par le think tank La fabrique écologique, consacré aux enjeux environnementaux de ce matériau, dont la France produit chaque année 39 millions de m3. Une production responsable à elle seule de 2,6 % des émissions nationales de CO2 (pour comparaison, le secteur du bâtiment dans son ensemble serait à l’origine de 30 % des émissions en France).

Ce n’est pas le seul impact environnemental dont le béton est rendu responsable. Pour le fabriquer, il faut de l’eau, beaucoup d’eau, et du sable, énormément de sable. En 30 ans, note l’auteur du rapport, la demande mondiale a augmenté de 360 %, un processus d’extraction massive d’autant plus problématique que ‘’le sable est une ressource non renouvelable’’.

Ajoutez à cela l’artificialisation des sols, les impacts sur la biodiversité et les nuisances pour les riverains. Pollution : on l’a vu avec la Seine ; bruit : les usines de fabrication sont proches des zones de construction, donc souvent en milieu urbain, dense en population. Ajoutez tout cela donc et vous avez un sacré coupable, en tout cas un bel accusé.

Mais il se trouve que nous sommes dans un état de droit, et qui dit accusation suppose système de défense. Faites entrer l’avocat : Rudy Ricciotti, architecte de son état. Véritable ambassadeur du béton, il signe aux éditions Textuel un ‘’manifeste architectural et théâtral’’ : ‘’Le béton en garde à vue’’. 

Celui à qui l’on doit notamment le Mucem à Marseille s’imagine dans la peau d’un prévenu, poursuivi pour avoir abusé du béton dans ses constructions. L’occasion de se livrer à un vibrant plaidoyer pro domo, dont je vous livre ici quelques extraits : ‘’dans tous mes projets, il y a du béton ; c’est un condiment qui réveille les papilles ; son empreinte environnementale pèse au minimum 80 fois moins que l’acier, lui-même plus écologique que l’aluminium ou l’inox ; c’est idiot d’opposer le minéral et le végétal ; la nature est une culture qui s’accommode très bien du béton’’ 

A dire vrai, on a déjà vu des accusés en plus mauvaise posture. Si des alternatives telles que le bois, la terre crue ou d’autres matériaux bio-sourcés font l’objet d’expérimentations, l’hégémonie du béton ne parait pas menacée à court ou moyen terme.

Ce n’est d’ailleurs pas l’option envisagée par La Fabrique écologique, qui incite plutôt à changer de focale. Réduire l’impact environnemental du béton commence par une autre façon de penser l’urbanisme, en réhabilitant davantage qu’en bâtissant du neuf. Car ce qui pose problème, c’est moins le béton en lui-même que la philosophie qui sous-tend son usage : celle de l’étalement urbain.

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