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le report de la COP 26, un mal pour un bien ?

Le climat, au risque de la procrastination ?

4 min
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La COP26 n'aura pas lieu en octobre prochain à Glasgow. Elle est reportée d'un an. Une perte de temps ou un report salutaire ?

le report de la COP 26, un mal pour un bien ?
le report de la COP 26, un mal pour un bien ? Crédits : Peter Cade - Getty

La Fête de la Nature n’aura pas lieu au mois de mai. J’ai reçu un mail à ce sujet la semaine dernière. Organisée d’habitude au printemps, sa 14e édition a été reportée mi-octobre. Ironie de la crise sanitaire, qui oblige à décaler cet événement alors que la nature n’a jamais été aussi en fête que depuis la forte baisse des activités humaines.

D’autres rendez-vous, bien plus importants, dans le champ de l’écologie et de l’environnement, subissent eux aussi les effets du confinement sur les agendas. La France, qui doit accueillir en juin, à Marseille, le congrès de l’Union internationale de conservation de la nature (un des principaux rendez-vous mondiaux consacrés à la biodiversité) va sans doute devoir y renoncer, au moins temporairement.

Mais c’est de Glasgow que l’annulation la plus spectaculaire est arrivée mercredi soir : la COP 26 n’aura pas lieu en 2020, elle est reportée en 2021. La Grande-Bretagne, puissance organisatrice, l’a décidé en accord avec l’ONU. Pour mémoire, cette COP est présentée comme la plus décisive depuis la 21e, qui avait conduit à l’accord de Paris. C’est à l’issue de la prochaine que les Etats sont censés relever leurs ambitions pour le climat, en réduisant davantage leurs émissions de gaz à effet de serre.

Y avait-il un autre choix que de décaler d’un an ce rendez-vous majeur ? Le numérique nous démontre chaque jour depuis le début du confinement ses potentialités, la distance n’empêche ni la discussion, ni la négociation.

Mais en l’espèce, c’est moins un obstacle technique qu’intellectuel qui est en cause : les Etats, tous concentrés qu’ils sont à gérer l’urgence de l’épidémie, ne sont plus disponibles pour réfléchir de manière utile à plus long terme. Cela parait logique : certes, il y a bien une urgence climatique, mais disons que l’urgence sanitaire l’est encore davantage, la létalité du Covid 19 est directement mesurable, quand celle du réchauffement s’apprécie de manière plus diffuse. Appelons ça du pragmatisme, ou du fatalisme, selon votre humeur du jour.

Est-il pour autant pertinent de dissocier ces temporalités ? N’est-ce pas cette façon d’aborder les problèmes -chaque chose en son temps- qui plombe la lutte contre le changement climatique, toute nouvelle crise servant de prétexte à remettre à plus tard ce qui devrait être fait depuis hier ? Ce fut le cas par exemple fin 2018 avec le mouvement des Gilets jaunes.

Dans un article qu’il publie sur Mediapart, Nicolas Haeringer, membre de l’ONG environnementale 350.org, conteste cette façon de sectionner le temps en tranches selon le degré d’urgence : ‘’ce qui se joue en ce moment même vient tordre le cou à l’idée que nous pourrions raisonner en distinguant les trois temporalités qui structurent la manière dont nous pensons la politique… : l’urgence ; le temps court de la politique ; le temps long de la transformation sociale. C’est raisonner ainsi qui permet de sacrifier le ‘futur’ au nom du ‘présent’’’Ce que nous devons faire aujourd’hui, c’est de refuser, une fois pour toutes, de négocier avec le temps’’

Refuser de négocier avec le temps : la formule est limpide et tranchante. Elle pourrait servir de vade mecum à tout individu ou toute institution en charge de responsabilités politiques. Les temporalités ne se succèdent pas, elles s’additionnent.

Il y a pourtant, dans ce report de la COP 26, deux raisons de ne pas être que pessimiste. D’abord le fait que ce nouvel intervalle de temps pourrait être mis à profit par les Etats pour avancer sur le sujet, d’autant que le traumatisme de la pandémie devrait logiquement encourager les gouvernements à s’engager davantage dans la transition écologique.

Et puis il y a cet autre motif d’espoir qui tient au calendrier politique outre-Atlantique. La COP 26 devait initialement avoir lieu à partir du 9 novembre 2020, soit six jours après la présidentielle américaine, et cinq jours après le retrait des Etats-Unis des accords de Paris sur le climat. Avec un tel calendrier, et dans l’hypothèse où Trump ne serait pas réélu, son successeur n’aurait rien pu faire à Glasgow puisque pas encore investi. En décalant la date de la COP en 2021, les organisateurs se donnent donc une petite chance de voir la première puissance mondiale revenir dans le jeu des négociations, avec un président qui ne soit pas climato-sceptique.

Reculer pour mieux sauter ? Croisons les doigts 

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