LE DIRECT
qui est d'accord pour des cours obligatoires sur le climat ?

Le climat n'est plus une option

3 min
À retrouver dans l'émission

Les députés Delphine Batho, Matthieu Orphelin et Cédric Villani déposent jeudi à l’Assemblée nationale. Son objet : la généralisation de l’enseignement des enjeux liés au changement climatique.

qui est d'accord pour des cours obligatoires sur le climat ?
qui est d'accord pour des cours obligatoires sur le climat ? Crédits : Eric Feferberg - AFP

En ce temps-là, les raviolis en boite étaient rois. Le hachis Parmentier déshydraté de chez Bolino, tellement pratique à préparer (un peu d’eau chaude et le tour était joué), donnait l’illusion de repas variés. La nourriture industrielle, vendue dans des emballages non recyclables, constituait l’ordinaire de nos repas d’étudiants fauchés.

Le monde universitaire a bien changé. Non pas que les étudiants vivent mieux, mais disons qu’ils s’intéressent davantage à ce que leur mode de vie produit sur l’environnement. Leurs mobilisations témoignent d’une prise de conscience, au travers de laquelle la génération de leurs profs est passée. C’est pourtant à ces derniers qu’il revient aujourd’hui d’accompagner les changements préconisés dans la proposition de loi déposée demain à l’Assemblée : l’enseignement des enjeux climatiques dans le supérieur.

Le défi est de taille, mais pas insurmontable. Après tout, les enseignants des années 70, élevés dans la piété et la chasteté, furent bien chargés de dispenser des cours d’éducation sexuelle. Le tout, c’est de s’y mettre.

Voyons plutôt ce que dit cette proposition de loi, portée par les députés Batho, Orphelin et Villani. Comme le précise l’exposé des motifs, ‘’il ne s’agit pas uniquement de préparer aux métiers ‘verts’’.  Pas davantage de végétaliser les murs de l’Université. L’ambition est systémique : c’est le contenu des enseignements qui doit changer. Il s’agit d’inscrire, dans les principes généraux de l’éducation, et donc dans les programmes ‘’l’enseignement des enjeux liés à la préservation de l’environnement et de la diversité biologique et aux changements climatiques dans le cadre des limites planétaires’’. Et ce quelle que soit la filière, ‘’selon une approche interdisciplinaire’’, et ‘’en insistant sur la nécessité de s’appuyer sur les constats scientifiques reconnus’’.

Cette idée d’un grand chambardement s’appuie sur un rapport, ’Mobiliser l’enseignement supérieur pour le climat’, publié en mars dernier par The Shift Project. Le think-tank, déjà cité dans cette chronique, a passé au crible les formations dispensées dans une trentaine d’établissements du supérieur. Constat : un quart d’entre elles seulement proposent des cours ‘’abordant les enjeux climat-énergie’’, une offre par ailleurs ‘’principalement réservée aux futurs ingénieurs’’. Et d’appeler, en conséquence, à ce que l’Etat définisse une Stratégie nationale de l’enseignement supérieur pour le climat, avec, entre autres propositions, la création, au sein des Universités, de la fonction de vice-président climat.

Ce qui est particulièrement intéressant dans la proposition de loi, au-delà de son contenu, qui s’inspire largement du rapport du Shift project, c’est sa gestation : un modèle d’élaboration démocratique. Tout commence il y a un an, lorsqu’un collectif d’élèves d’HEC, de Centrale et de Polytechnique (entre autres) publie un ‘’Manifeste étudiant pour un réveil écologique’’. ‘’Le système dont nous faisons partie nous oriente vers des postes souvent incompatibles avec le fruit de nos réflexions’’. Et les signataires de faire valoir qu’ils choisiront leurs futurs employeurs en fonction de leur engagement environnemental. A ce jour, le manifeste a recueilli 31 000 signatures.

Une fois n’est pas coutume, cette mobilisation semble avoir trouvé un écho du côté des directions d’école et des présidences d’universités. Dimanche dernier, 80 dirigeants d’établissements du supérieur signent une tribune dans le JDD : ’Climat : l’urgence d’enseigner les faits’’ ‘’Aucun étudiant ne doit pouvoir valider une formation sans avoir compris les causes et les conséquences du changement climatique, et travaillé, à son niveau, à l’identification de solutions possibles’’

Une véritable révolution culturelle, que la proposition de loi entend accompagner. ‘’Nous ne faisons que répondre aux demandes des étudiants et des universitaires’’ me dit le député Matthieu Orphelin, ‘’tout cela va dans le sens d’une action forte de l’Etat’’ Reste donc à savoir si elle se transformera en texte de loi. Le plus dur reste à faire.

Chroniques

8H50
3 min

La Théorie

Pourquoi la culture vit un jour sans fin
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......