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si seulement le climat était branché sur la 5G

Le climat n'obéit pas au doigt et à l'oeil

3 min
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Le temps presse. Le Parlement européen vient de décréter l’urgence climatique. Une injonction à agir vite et fort mais pour des effets qui ne seront visibles qu’à long terme.

si seulement le climat était branché sur la 5G
si seulement le climat était branché sur la 5G Crédits : rkankaro - Getty

Comme toute personne autoritaire, j’aime qu’on m’obéisse au doigt et à l’œil. Un ordre ? Exécution immédiate !

C’est dire si le prochain déploiement de la 5G me comble d’aise. Le gouvernement français vient d’annoncer que l’attribution définitive des fréquences aux opérateurs de téléphonie mobile se fera d’ici juin 2020. Avec la 5G, le débit augmente, vous pourrez bientôt télécharger le dernier Scorsese en quelques secondes plutôt qu’en quelques minutes, ce qui représente un immense progrès dans l’histoire de l’humanité.

Mais c’est aussi le temps de latence qui va être considérablement réduit, autrement dit le temps qui sépare un ordre de son exécution. Fini le léger décalage entre le moment où vous appuyez sur le clavier de votre smartphone et celui où le personnage que vous incarnez en ligne décapite son adversaire : la 5G abolit la distance entre le cerveau humain et le monde virtuel.

La technologie contribue donc à nous entretenir dans cette exigence de réponses immédiates. Le fait de pouvoir commander des objets en un clic et d’être livré en quelques heures participe de ce rétrécissement de l’attente, tout comme l’information en continue, qui supprime l’écart entre la manifestation de l’événement et sa restitution. Nous sommes biberonnés à l’immédiateté.

De ce fait, notre action pour lutter contre le réchauffement climatique risque de s’en trouver altérée. Car les décisions qui sont prises (ou qui le seront à l’avenir), par exemple pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, n’auront un impact mesurable que d’ici quelques années. Aucun effet immédiat. Au risque d’entretenir une forme de découragement face à un phénomène, le réchauffement, qui paraitra résister aux meilleures intentions.

Cette mécanique démobilisatrice, l’économiste du climat Christian de Perthuis la décrit bien dans ‘’Le tic-tac de l’horloge climatique’’, qui vient de paraitre aux éditions De Boeck. ‘’La transition vers la société bas carbone ne sera pas un long fleuve tranquille. Le réchauffement va continuer de s’amplifier du fait du stock de gaz à effet de serre déjà accumulé dans l’atmosphère, alors même que les trajectoires d’émission vont se stabiliser, puis baisser. Le sentiment d’être en retard dans la bataille pour le climat n’est donc pas prêt de refluer’’.

De la même manière que nous subissons aujourd’hui les décisions (ou plutôt l’absence de décisions) des décennies précédentes, il va donc falloir attendre pour que celles qui vont être prises deviennent mesurables. Et accepter l’idée que nous ne vivrons peut-être pas assez longtemps pour observer, à l’œil nu, une situation redevenue normale. Mener des politiques contre le réchauffement climatique revient donc à se placer dans la situation d’un bâtisseur de cathédrale, capable d’entreprendre un chantier tout en sachant qu’il n’en verra pas l’extrémité. Il va falloir gérer ce décalage entre ce qui est fait et ce qui est constaté, faire preuve de patience, mais une patience d’autant plus difficile à admettre que le tempo des décisions à prendre est celui de l’urgence.

Le risque est double. Il y a celui du découragement, renoncer à agir puisqu’agir ne sert visiblement à rien. Un constat qui peut, par ailleurs, alimenter un retour en grâce des climato-sceptiques sur l’air de : vous voyez bien que les humains ne sont pas responsables du réchauffement, puisque leurs décisions pour y remédier n’ont aucun effet.

L’autre risque est de nature politique. Comme le souligne Christian de Perthuis, il ‘’porte en germe…la tentation de court-circuiter le débat démocratique pour obtenir plus vite des résultats. La fascination exercée par certaines régimes autoritaires est inquiétante sous cet angle’’. Or si le temps presse, la délibération reste essentielle.

On pourrait résumer la problématique à travers l’équation suivante : comment concilier l’urgence des décisions avec le nécessaire temps du débat, tout en acceptant l’idée que les résultats seront décalés dans le temps ? Question presque aussi vieille que la politique.

Chroniques

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