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quel prix donner au carbone ?

Le coût du carbone n'a pas de prix

4 min
À retrouver dans l'émission

La COP 25 vient de débuter à Madrid. Objectif : faire le point sur les engagements pris par les Etats lors de l’accord de Paris de 2015. Mais aussi rendre cet accord opérationnel, en fixant un prix au carbone

quel prix donner au carbone ?
quel prix donner au carbone ? Crédits : Lora Virgil-EyeEm - Getty

Je vais vous faire un aveu : j’ai tenté de repousser au maximum cette chronique sur le prix du carbone, sujet pourtant essentiel, mais si compliqué à rendre intelligible, car si difficile à comprendre.

Le principe de départ est pourtant simple. Les émissions de dioxyde de carbone contribuent au réchauffement climatique. Elles ont donc un coût pour l’environnement. C’est ce qu’on appelle, en économie, les externalités négatives, c’est-à-dire les nuisances causées par une activité.

L’objectif, c’est de faire baisser ces nuisances. On pourrait envisager la manière forte, consistant à réglementer de manière beaucoup plus sévère toute activité qui produit du CO2 : après tout, cela a marché avec la réduction du trou de la couche d’ozone. L’autre option, c’est de faire appel au marché, en trouvant un mécanisme suffisamment incitatif pour faire baisser ces émissions de CO2.

C’est là qu’intervient la tarification du carbone. Si on résume à grands traits, il s’agit d’intégrer dans le prix d’un objet les dommages causés à l’environnement par sa production et son utilisation. Ou si vous préférez, d’internaliser les externalités négatives.

Prenons un exemple : les véhicules SUV. Leur production est fortement émettrice de carbone, tout comme leur utilisation. Leur prix doit en tenir compte, selon le principe du pollueur-payeur. Logique, mais pas simple à mettre en œuvre.

Il existe aujourd’hui deux mécanismes. Le premier consiste à taxer les émissions de CO2 : c’est la fameuse taxe carbone, qui vient s’ajouter au prix de vente des produits. La plus connue concerne les carburants : c’est son augmentation l’an dernier qui avait déclenché le mouvement des Gilets jaunes. Cette taxe est d’autant plus mal acceptée qu’elle est très inégalitaire : elle ne s’applique pas, par exemple, au transport aérien. 

Le second mécanisme consiste à organiser des marchés du carbone. Sur ces marchés, des quotas d’émissions de gaz à effet de serre (autrement dit des permis de polluer) sont distribués. Si une entreprise dépasse son quota, elle peut en acheter à une entreprise qui, elle, reste en dessous de ce qu’elle a le droit d’émettre.

Le but recherché, c’est de rendre plus avantageux le fait d’émettre peu, et plus coûteux le fait d’émettre beaucoup. Malheureusement, ça ne fonctionne pas très bien, parce que les quotas sont distribués en grande quantité, ce qui, mécaniquement, maintient le prix du carbone a un niveau assez bas. Sur les marchés qui fonctionnent aujourd’hui dans le monde, la tonne de CO2 se ‘’négocie’’ en moyenne autour de 8 dollars. C’est très peu, donc ça n’incite pas à réduire ses émissions, à investir dans des technologies propres.

Pour que ce soit efficace, il faudrait deux choses. D’abord que le prix du carbone soit plus élevé.  Il y a deux ans, la commission Stern-Stiglitz (deux économistes, l’un britannique, l’autre américain) préconisait un prix entre 40 et 80 dollars la tonne en 2020, puis entre 50 et 100 dollars en 2030 pour rendre dissuasive la production de carbone. Comment ? Par exemple en diminuant le nombre de quotas distribués sur les marchés.

Mais il ne suffit pas d’avoir un prix élevé. Encore faut-il qu’il s’applique à tous de la même manière. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Selon l’Institute for Climate Economics, 25 taxes carbone et 26 marchés de quotas échangeables seulement fonctionnaient dans le monde au 1er mai 2019. Le système n’est donc pas universel.

Dans une économie mondialisée, ces taxes et ces marchés peuvent créer des distorsions de concurrence. D’où cette autre proposition, cette fois faite par deux économistes français, Jean Tirole et Christian Gollier, en faveur d’un prix mondial unique du carbone. ‘’Toute personne, en tout lieu, pour tous les usages’’ devrait payer le même prix. Un prix du carbone identique partout : on mesure, à la seule formulation de cette phrase, l’ampleur du défi.

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