LE DIRECT
vous aussi, vous sucrez les fraises ?

Le goût des fraises

3 min
À retrouver dans l'émission

Les effets du réchauffement climatique vont se nicher dans des lieux insoupçonnables. Jusque dans nos papilles.

vous aussi, vous sucrez les fraises ?
vous aussi, vous sucrez les fraises ? Crédits : Ian Roberts - Getty

Ma mère sucre les fraises. Attention, elle les sucre au sens propre, pas au figuré ! Quelle que soit la saison et quelle que soit la façon de les servir en dessert, vous ne pourrez pas les manger (du moins chez mes parents) autrement que coiffées d’un nuage de sucre.

’Elles n’ont plus de goût aujourd’hui’’ se défend-elle. ‘’Autrefois, on n’avait pas besoin de rajouter quoi que ce soit.’’ Le fait est que, à moins de débourser l’équivalent d’un smic pour une barquette de gariguettes, la fraise au XXIe siècle n’est plus aussi savoureuse que par le passé.

Jusqu’à ces derniers jours, j’étais persuadé que cette perte de saveur était liée à l’effet conjugué de la mémoire et de la mondialisation. La mémoire qui vous convainc que tout ce que vous cuisinait votre maman quand vous étiez petit était infiniment meilleur que ce qu’on vous donne à manger aujourd’hui ; la mondialisation, qui réduit les distances et abolit les saisons, si bien que des fraises, vous pouvez en manger tout au long de l’année (à condition bien sûr de ne pas en attendre grand-chose sur le plan gustatif).

Mais voilà que j’apprends, à la lecture d’un numéro récent de Courrier international, que le changement climatique contribue lui aussi à modifier le goût de notre nourriture. L’article original est tiré d’une émission de Radio Canada et des travaux menés par l’Institut de recherche en biologie végétale de Montréal. Où il apparait que, dans le grand Nord, ‘’la saveur du caribou, des phoques et des poissons n’est plus la même’’, car c’est tout l’écosystème dans lequel évolue cette faune sauvage qui est modifié.

La population Inuit, véritable vigie, est aux premières loges de ces changements gustatifs. Les travaux mentionnent le fait que ces populations ne reconnaissent plus le goût des baies sauvages. Avec un climat moins froid et plus sec, les fruits sont davantage gorgés de sucre. Vous allez me dire que les baies ne doivent en être que meilleures. Sauf que pour les peuples autochtones, ce bouleversement des papilles contribue aussi à fragiliser tout un héritage culturel, qui se transmet notamment par l’alimentation. 

Et ce qui vaut pour les effets de la sécheresse s’observe également lorsque la pluviométrie s’emballe. Ainsi, comme le raconte encore Radio Canada, la qualité du thé cultivé en Asie est en train de décliner, en raison des fortes pluies qui transforment la plante en éponge et diluent ses composés aromatiques.

En faisant quelques recherches supplémentaires, je suis tombé sur un article du Huffington Post de 2013, à propos cette fois de l’effet du réchauffement sur le goût et la texture des pommes. Une étude japonaise publiée dans la revue Nature y faisait état de la modification des caractéristiques de deux variétés, la Fuji et la Tsugaru, devenues moins croquantes et moins acides en quelques décennies à cause de températures plus élevées.

Bien sûr, le changement de goût correspond aussi, et sans doute d’abord, à une modification de la géographie des cultures. L’adaptation au changement suppose d’ajuster les variétés végétales aux nouvelles conditions climatiques : des saisons plus sèches et plus chaudes obligent à repenser l’occupation des terres. Je vous avais ainsi parlé, au mois d’octobre, à la faveur de la sortie du Beaujolais nouveau, de la façon dont la hausse des températures redessinait la carte du vignoble mondial, l’Angleterre étant possiblement amenée à devenir une terre viticole.

D’ailleurs, je ne sais pas si vous l’avez goûtée, mais la dernière cuvée avait comme un arrière-goût de fraise…

Chroniques

8H51
3 min

Carnet de philo

Europe 1 : le naufrage de l'opinion
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......