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pour William Nordhaus, 3 degrés en plus, ça passe encore

Le prix à payer

3 min
À retrouver dans l'émission

Le prix Nobel d’économie 2019 sera décerné ce lundi, en fin de matinée. L’occasion de revenir sur le lauréat de l’an dernier.

pour William Nordhaus, 3 degrés en plus, ça passe encore
pour William Nordhaus, 3 degrés en plus, ça passe encore Crédits : Jonathan NACKSTRAND - AFP

Oui, sachant qu’il y a trois bonnes raisons de le faire. D’abord parce que je ne sais pas qui sera le lauréat 2019, et même une fois son nom dévoilé, je ne saurai sans doute toujours pas qui c’est. Ensuite parce que William Nordhaus, le lauréat 2018, étudie le réchauffement climatique depuis de longues années. Enfin parce que ‘’Le casino climatique’’, un des ouvrages importants de cet économiste américain, vient enfin d’être traduit en français, aux éditions De Boeck.

Si William Nordhaus n’est pas le seul économiste à s’intéresser à ce sujet, il est un des pionniers du genre. On lui doit d’avoir modélisé le lien entre activités économiques et réchauffement climatique, étant entendu que les premières sont les causes du second : si cela peut paraitre une évidence aujourd’hui, ça l’était beaucoup moins dans les années 90.

Ce qui est intéressant dans ‘’Le casino climatique’’, c’est de voir, à travers le regard de Nordhaus, comment une partie de la science économique appréhende un tel sujet. Ici, il n’est pas question de principes ou de morale, mais d’une approche que d’aucuns trouveront sans doute cynique, et qu’on pourrait résumer ainsi : combien suis-je prêt à payer pour limiter le réchauffement climatique ? et quel niveau de réchauffement suis-je prêt à accepter demain pour que cela ne me coûte pas trop cher aujourd’hui ? Quel sera mon retour sur investissement ?

Pour le Nobel d’économie 2018, les agents économiques que nous sommes sont appelés à arbitrer, dans tous les domaines de la vie, entre les coûts des décisions et les bénéfices qui en découlent. Le réchauffement n’échappe pas à la règle. ‘’Si de gros montants sont en jeu’’, écrit-il, ‘’les gens veulent en avoir pour leur argent. Cela signifie qu’ils veulent comparer les coûts et les avantages. Il ne suffira pas de dire ‘les écosystèmes sont inestimables’ ou ‘nous devons sauver les ours polaires à tout prix’. C’est pourquoi les coûts et les avantages doivent être mis dans la balance lorsqu’on évalue les possibilités en matière de réchauffement global.’’

Il faut préciser ici que Nordhaus ne croit pas à la décroissance. ‘’Les bonnes politiques’’ écrit-il encore, ‘’doivent se situer quelque part entre la destruction de l’économie et la destruction de la planète’’. En dehors de la croissance, point de salut. D’ailleurs, ajoute-t-il, ce ‘’scénario d’un prolongement de la croissance de la productivité implique que les populations du futur seront en moyenne plus riches- ce qui aura pour conséquence que les nations seront plus à même de se permettre des mesures de ralentissement du changement climatique ou d’adaptation à ses effets néfastes’’. Autrement dit, plus les sociétés vont s’enrichir, plus elles auront les moyens de lutter contre la hausse des températures.

Cette logique, qui a sa cohérence sur le plan économique, conduit Nordhaus à tolérer un niveau de réchauffement supérieur à celui évoqué comme critique par les climatologues. Nous serions capables, en particulier ‘’dans les économies de marché des pays à revenu élevé’’ de supporter une hausse moyenne des températures de 3 degrés, grâce à notre capacité à innover.

Evidemment, une telle approche est loin de faire l’unanimité. Et on peut s’étonner que le Nobel d’économie ait récompensé une telle logique, qui conduit à relativiser les alertes lancées par la communauté scientifique. On lira à ce sujet avec profit l’article que lui consacrait l’économiste Antonin Pottier l’an dernier, dans Alternatives économiques. Pour ce spécialiste du changement climatique, auteur de ‘’Comment les économistes réchauffent la planète’’, Nordhaus écarte ‘’délibérément de nombreuses dimensions du changement climatique, notamment la dimension existentielle, tant pour les individus que pour les cultures, les sociétés et les écosytèmes’’.

A la décharge –peut-être- du Nobel 2018, il faut préciser que son ouvrage a été publié en 2013, soit bien avant l’accord de Paris et le dernier grand rapport du Giec. Il n’en pose pas moins une question essentielle : quel prix sommes-nous prêts à payer aujourd’hui pour rendre le futur vivable ?

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