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le livre est-il toujours écologique ?

Le sauvetage de la culture et l'impensé écologique

4 min
À retrouver dans l'émission

Il faut sauver le monde de la culture. Un plan de sauvetage a été annoncé la semaine dernière. Mais les projets de relance se soucient peu d'écologie. Des initiatives existent pourtant, à la marge...

le livre est-il toujours écologique ?
le livre est-il toujours écologique ? Crédits : blackred - Getty

L’économie française est en récession, la Commission européenne anticipe une baisse de son PIB de plus de 8 % en 2020. Beaucoup de secteurs ont souffert, mais les conditions de leur relance font parfois l’objet de débats, eu égard à leur rôle dans la crise écologique. C’est le cas en particulier du transport aérien.

Il est néanmoins un domaine d’activités où cette question semble ne pas être une priorité, on pourrait même parler d’impensé : celui de la culture. Depuis deux mois, celle-ci est quasiment à l’arrêt, le chef de l’État a présenté un plan de sauvetage la semaine dernière, plan nécessaire évidemment, la culture est une nourriture essentielle, qu’on soit confiné ou déconfiné.

Le livre est-il écologique ? 

Mais la nécessité d’un tel sauvetage n’est pas adossée à une réflexion plus large sur l’empreinte écologique de ce que produisent les industries culturelles. Or, la fameuse exception accordée à ce secteur est-elle extensible lorsqu’il s’agit de penser le ‘monde d’après’ dans une perspective plus verte ?

C’est tout l’intérêt des deux initiatives dont j’aimerais vous parler ce matin, qui ont le mérite de bousculer l’ordre établi.

Un ouvrage tout d’abord, publié cette année aux éditions Wild Project : ‘’Le livre est-il écologique ?’’. Les auteurs, regroupés au sein de la toute jeune Association pour l’écologie du livre, proposent une réflexion sur l’empreinte carbone de la chaîne du livre, de l’écrivain au lecteur en passant par l’éditeur, l’imprimeur, le transporteur et le libraire.

Le constat d’ensemble n’est pas reluisant, il décrit un monde de l’édition de plus en plus concentré et financiarisé, engagé dans une course folle à la production : en 30 ans, ‘’le nombre de nouveaux titres publiés chaque année a triplé’’, or ‘’chaque année, 1 livre sur 4 reste invendu, et 15% son pilonnés’’ : gaspillage !

L’industrie du livre s’est orientée de manière massive ‘’vers une économie de flux’’ car c’est ‘’sur les volumes de fabrication et de transport qu’une part de part de plus en plus importante des marges’’ est réalisée. Qui dit transport dit pollution, d’autant que les distances parcourues s’allongent : les auteurs déplorent ‘’un vaste mouvement de délocalisation de l’imprimerie’’ depuis 10 ans. Qui dit surproduction dit surexploitation des forêts, sachant qu’une ‘’part importante de la pâte à papier est encore importée de pays de l’hémisphère Sud, et notamment de la forêt amazonienne’’.

Bibliodiversité et cinéma à énergie positive : quand la culture de demain se pare de vert 

Dans un moment où les ouvrages consacrés à l’écologie sont de plus en plus nombreux (je peux en témoigner), le monde de l’édition aurait intérêt à se pencher davantage sur cette notion de bibliodiversité que veut promouvoir l’Association pour l’écologie du livre.

L’autre initiative vient du monde du cinéma, non pas du côté des tournages mais de celui des exploitants de salles, eux aussi touchés de plein fouet par les conséquences de l’épidémie. Le bien nommé réseau Utopia est en train de développer, à Pont-Sainte-Marie, dans la banlieue de Troyes, un tout nouveau prototype de salle, loin du gigantisme des multiplex et de l’hégémonie des blockbusters, où l’on voit des super héros sauver le monde en explosant le bilan carbone de la planète.

Taille modeste, structure en bois, panneaux photovoltaïques sur le toit, chaufferie biomasse. Toilettes sèches. La pente naturelle du terrain a même été utilisée pour aménager les deux plus grandes salles. L’Utopia de Pont-Sainte-Marie, qui espère ouvrir ses portes en décembre 2021, revendique le titre de ‘’premier cinéma à énergie positive’’

Dans une tribune publiée avant-hier dans Libération, Emmanuel Tibloux, le directeur de l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs, rappelle que, si on remonte à son étymologie latine, ‘’la culture est au sens propre et premier ‘agricultura’, culture de la terre’’. Or ‘’nous sommes loin d’avoir tiré toutes les leçons de cette histoire vieille de 2000 ans, qui rappelle que la notion de culture a été inventée dans une relation étroite à la nature’’. Le moment est venu ‘’de se souvenir que la culture est originairement une écologie’’.

par Hervé Gardette 

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8H50
3 min
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