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quel sens donnera-t-on à ces signaux d'alerte dans 100 000 ans ?

Le temps du danger

3 min
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De la difficulté à transmettre une information capitale dans un futur lointain, eu égard aux évolutions de la langue.

quel sens donnera-t-on à ces signaux d'alerte dans 100 000 ans ?
quel sens donnera-t-on à ces signaux d'alerte dans 100 000 ans ? Crédits : lappes - Getty

Vous connaissez le jeu du téléphone arabe. Le premier joueur prononce très vite une phrase dans l’oreille du deuxième, qui la répète à la même vitesse dans celle du troisième, et ainsi de suite jusqu’au dernier. En général, la phrase d’arrivée n’a plus rien à voir avec celle de départ. A chaque étape, il y a eu une déperdition de l’information et une réinterprétation.

Et bien imaginez à présent ce que cela peut donner, non plus au niveau d’une chaîne humaine, mais sur une longue échelle de temps. Pas quelques années, ni quelques décennies, ni même quelques siècles, mais sur des millénaires. Comment maintenir intacte et compréhensible une information d’aujourd’hui pour un lointain futur ?

C’est l’objet d’un article passionnant que vient de publier le site The Conversation, et que signent deux chercheuses, Laetitia Ogorzelec-Guinchard et Alice Doublier : ‘’Comment signaler les déchets nucléaires par-delà les millénaires ?’’

La question n’est pas rhétorique. La durée de vie de certains déchets nucléaires peut aller jusqu’à plusieurs millions d’années. La France a fait le choix de les enfouir : c’est ce qu’on appelle le stockage géologique profond. Leur longévité et leur dangerosité suppose que les générations futures soient bien informées.

A priori, rien de plus simple : il suffit de renseigner leur présence, de publier des documents, de les archiver correctement et le tour est joué. Oui mais, comme l’écrivent les deux chercheuses, ‘’compte tenu des transformations permanentes de la langue’’, celle-ci ne peut ‘’transmettre avec certitude un message d’alerte pendant une si longue durée. Il importe de prendre en compte les conséquences des changements linguistiques qui rendent impossible toute prévision quant à l’état de la langue dans 100 000 ans’’.

Cette difficulté à faire voyager le langage sans l’altérer me fait penser à un des épisodes de la série télé des années 1960 ‘’La Quatrième dimension’’.  Une civilisation extra-terrestre a envahi la Terre. Les humains, d’abord inquiets, sont vite rassurés : les visiteurs de l’espace ne leur veulent que du bien, ils révolutionnent l’agriculture, la nourriture devient abondante, la faim disparaît. Des voyages gratuits sont organisés vers la planète des bienfaiteurs.

La découverte, par hasard, d’un livre appartenant à cette civilisation conforte les humains dans leur confiance. Après bien des efforts, son titre a pu être traduit : ‘’To serve man’’, ‘’Servir l'Homme’’ : projet purement altruiste. Il est trop tard lorsqu’un traducteur opiniâtre réalise que ''Servir l'Homme'' est en fait un livre de cuisine

Pour transmettre à nos lointains descendants cette information cruciale : ‘’Attention, danger !’’, il faut donc trouver d’autres signes que ceux de la langue. L’ANDRA, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, fait justement plancher depuis quelques mois deux graphistes sur ce sujet. Leur mission : inventer des signes de compréhension universels, des signalétiques capables de traverser les millénaires sans perte de sens.

Le challenge n’est pas moins compliqué que pour le langage articulé ou écrit. Les deux auteures de l’article de The Conversation prennent le cas de la tête de mort. Son inscription sur un bidon nous renseigne aujourd’hui sur le danger de son contenu : on ne va pas y toucher. Mais qui nous dit qu’après demain, une tête de mort sera toujours interprétée de la même façon ? Nos arrière arrière petits-enfants y verront peut-être, non pas le signe d’une menace, mais un indice anthropologique, par exemple la présence d’une nécropole (‘’Voilà comment nos ancêtres enterraient leurs morts’’). 

Pour mieux saisir la difficulté à être compris par le futur, il faut se projeter dans le passé. Nous sommes, nous aussi, confrontés à des signes difficiles à traduire. Sommes-nous capables de comprendre, sans erreur d’interprétation, le langage des pyramides ? Et celui des statues de l’île de Pâques ? Ces civilisations anciennes voulaient-elles nous envoyer un message, nous prévenir d’un danger ? Et si oui, lequel ? Mystère. 

par Hervé Gardette

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