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le combat écologique est-il soluble dans la publicité ?

L'écologie, tête d'affiches

3 min
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La dernière campagne de Greenpeace ne sera pas visible partout car jugée trop politique. Décision absurde, qui en dit long sur le statut de l'écologie dans le débat public.

le combat écologique est-il soluble dans la publicité ?
le combat écologique est-il soluble dans la publicité ? Crédits : PeopleImages - Getty

Le 5 juin 2009, plus de 8 millions de téléspectateurs regardent ‘’Home’’, le documentaire de Yann Arthus-Bertrand, consacré à l’état de la planète : carton d’audience pour France 2. Le surlendemain, un dimanche, la liste Europe-Ecologie, conduite par Daniel Cohn-Bendit, recueille 16,28% des suffrages aux européennes : carton électoral pour les Verts. Une polémique suivra, certaines formations politiques estimant que la diffusion du film 48h avant le scrutin avait eu une influence sur le vote.

Est-ce pour échapper à une controverse du même ordre que la principale régie publicitaire des transports parisiens, ainsi que plusieurs cinémas français, ont refusé la dernière campagne de Greenpeace ? La proximité des municipales n’y est sans doute pas étrangère.

L’objet du litige ? Une affiche et un clip vidéo. L’affiche représente une banquise en train de s’effondrer. Les blocs de glace qui tombent dans la mer sont en forme de lettres. Elles forment une syllabe, qui se répète : Bla Bla Bla. Le slogan : ‘’Face à l’urgence climatique, les discours ne suffisent pas. Le gouvernement doit agir’’.

Le clip vidéo reprend les mêmes codes. On y entend et on y voit le fracas des éléments qui se déchainent, sur fond d’extraits de discours d’Emmanuel Macron, de François Hollande et de Nicolas Sarkozy. Façon pour Greenpeace de dénoncer leur inaction climatique. Pour justifier son refus, la direction de Médiatransports, interrogé par Le Parisien, fait valoir le caractère politique de cette publicité, qui ne respecterait pas le ‘’devoir de neutralité’’ dans la mesure où elle va ‘’au-delà d’une simple interpellation’’ puisqu’elle ‘’lance une injonction au gouvernement à agir’’.

Décision surprenante : la campagne est conforme aux principes éthiques de l’ARPP, le régulateur de la pub ; elle n’est pas orientée politiquement puisqu’elle vise non pas un seul mais trois présidents, de gauche et de droite. Par ailleurs, ce n’est pas une première : en 2009, lors du sommet climat de Copenhague, Greenpeace avait ajouté des rides et des cheveux gris aux portraits des dirigeants de l’époque, leur faisant dire, 10 ans plus tard : ‘’Nous aurions pu stopper la catastrophe climatique, nous ne l’avons pas fait’’ : interpellation on ne peut plus directe, comme celle l’association Aides de lutte contre le Sida l’an dernier, qui s’adressait à Emmanuel Macron. Quant à utiliser l’image d’un président à des fins publicitaires, Jacques Séguéla y eut recours dès 1970, détournant une photo de Georges Pompidou en vacances sur un bateau, pour faire la promotion d’une marque de moteurs (ce qui n’avait pas plu, il est vrai, au successeur de de Gaulle)

Quels enseignements tirer de cette péripétie ? D’abord elle nous renseigne sur le statut de l’écologie dans le débat public. Refuser la campagne de Greenpeace est un abus de prudence, qui démontre, par l’absurde, que l’écologie n’est plus une préoccupation annexe, une thématique à part, mais une question au cœur du combat politique, en particulier pour ces municipales. Tout le monde s’en revendique désormais, ce qui la rend d’autant plus délicate à manier dans un cadre publicitaire.

Mais le sort réservé aux affiches et au film de Greenpeace sert aussi de révélateur à un impensé. Ne pas vouloir les diffuser à cause de leur caractère partisan sous-entend que la publicité commerciale, elle, n’aurait rien de politique. Or que nous vendent les pubs dans le métro, au cinéma, à la télé ou à la radio ? Pas seulement des produits mais aussi des choix de société. Faire la promotion des SUV, de la livraison de repas à domicile ou de destinations touristiques lointaines n’est pas neutre. Faudrait-il en interdire la publicité ?

(merci à Pierre-Emmanuel Guigo et Arnaud Mercier, spécialistes de communication politique, pour leur aide)

par Hervé Gardette

Chroniques

8H50
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La Théorie

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