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oyez oyez braves gens

L'édification des masses

3 min
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Force est de constater qu'une vague verte déferle sur l'ensemble des médias. A tel point que le le législateur souhaite inscrire l'écologie parmi les missions de l'audiovisuel public. Mais est-ce la mission des radios et télévisions publiques de forger une conscience écologique ?

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oyez oyez braves gens Crédits : fotog - Getty

Histoire de n’oublier personne, je ne dresserai pas la liste des émissions que la radio et la télévision publiques consacrent depuis la dernière rentrée aux questions liées à l’environnement, mais il suffit de zapper un peu pour se rendre compte que cette thématique est de plus en plus audible et visible dans les programmes. C’est tant mieux et c’est normal puisqu’il s’agit d’un des sujets majeurs du moment.

Quand bien même les chaînes ne sont pas toutes dirigées par des écolos convaincus, il y a une évidence éditoriale à s’emparer de ces thèmes pour raconter et comprendre l’époque. L’audiovisuel public n’est d’ailleurs pas le seul à s’en être rendu compte : il y a bien une vague verte aujourd’hui dans l’ensemble de la presse, plutôt une vaguelette à vrai dire, on est encore loin du spot de surf, mais disons que les choses bougent.

Or voilà que le législateur entend fixer cette préoccupation parmi les missions du service public de la radio et de la télévision. Le projet de loi en question, ‘’relatif à la communication audiovisuelle et à la souveraineté culturelle à l’ère numérique’’ vient d’être adopté en commission à l’Assemblée nationale. Il sera examiné en séance à partir du 31 mars.

On peut lire, dans l’exposé sommaire de l’article 59 la phrase suivante : ‘’L’audiovisuel, par ses programmes, doit participer de la prise de conscience de l’urgence écologique et climatique dans laquelle nous sommes, autant que dans l’explication critique des mécanismes et l’identification des responsables qui nous y ont conduit’’. Voilà une formulation qui, si elle résiste au vote final de la loi, est à la fois problématique, paradoxale et pleine de promesses.

Commençons par le ‘’problématique’’ : autant le législateur est fondé à préciser les missions de l’audiovisuel public — lesquelles se déclinent autour des trois grands thèmes : éduquer, divertir et informer — autant lui assigner comme objectif la construction d’une conscience écologique parait à tout le moins maladroit et anachronique. Sans aller jusqu’à franchir le point Godwin, il y a dans cette formulation un petit côté ‘édification des masses’, la conscience écologique faisant presque office de nouvel idéal patriotique. Que les auditeurs et les téléspectateurs du service public disposent de toutes les informations nécessaires sur l’urgence climatique, rien de plus normal. Mais ne vaut-il pas mieux les laisser se forger leur propre idée plutôt que de faire de leur conversion une obligation de résultat ?

Le paradoxe à présent. L’article 59 mentionne, parmi les missions qui devraient être celles de l’audiovisuel public, l’identification des "responsables’’ qui nous ont conduit à cette situation d’urgence climatique. Voilà qui ouvre des perspectives assez intéressantes. Car il se pourrait bien que, parmi les responsables, il y ait ceux-là mêmes qui votent les lois. Si la France est très en retard sur ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre (le pays est considéré comme étant en situation de dette climatique depuis le 5 mars), c’est en partie en raison de la faiblesse de sa législation. Dans une forme inconsciente de masochisme, les parlementaires demandent à la télé et à la radio publique de les pointer du doigt.

Reste la promesse qui, si l’on suit toujours la logique du texte, devrait conduire à repenser le modèle de financement de l’audiovisuel public. Question de cohérence : difficile d’identifier d’une main les responsables, et de l’autre, de continuer à diffuser des publicités qui vont à l’encontre de l’objectif de lutte contre le changement climatique. Certains parlementaires veulent d’ailleurs profiter de cette loi sur l’audiovisuel pour réduire, voire interdire, les publicités pour des produits ayant un impact négatif sur l’environnement. Et ça, c’est bien du domaine de la loi.

par Hervé Gardette

Chroniques

8H50
2 min

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