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sortez-moi de cette série !!!

L'effondrement intérieur

4 min
À retrouver dans l'émission

La catastrophe écologique inspire depuis longtemps la fiction, que ce soit en littérature et au cinéma. La nouvelle série que diffuse Canal+ lui fait franchir une nouvelle étape.

sortez-moi de cette série !!!
sortez-moi de cette série !!! Crédits : PeopleImages - Getty

Je ne suis pas un garçon sensible. Je n’ai pas pleuré quand la mère de Bambi est morte. Je n’ai pas eu peur devant Hannibal Lecter. J’ai même été un brin déçu après avoir vu Joker : le grotesque du personnage atténue son côté terrifiant. C’est dire si je ne m’attendais pas à ça en regardant L’Effondrement.

L’Effondrement, c’est une mini-série que diffuse Canal depuis quelques jours. Mini parce qu’elle ne compte, pour l’instant, que huit épisodes. Mini parce qu’ils ne durent qu’une vingtaine de minutes. 

Dans l’extrait qui vient d’être diffusé, l’effondrement a eu lieu cinq jours plus tôt. On ne sait pas très bien ce qui s’est effondré, ni comment, mais le résultat est là : il n’y a presque plus d’essence, sa distribution est rationnée, le patron d’une station-service l’échange, à prix d’or, contre des denrées alimentaires : c’est le principe ‘pétrole contre nourriture’. La situation va dégénérer.

Dans les quatre premiers épisodes, ça se passe mal, très mal, entre les survivants. La loi de l’entraide, promise par les collapsologues, n’est pas au rendez-vous. Et quand, dans le 5e, les gens se serrent les coudes et se relaient, seaux d’eau à la main, pour refroidir les cuves d’une centrale nucléaire qui menace d’exploser, ça se passe mal quand même.

Que se passe-t-il dans les trois derniers ? Je ne les ai pas regardés et je ne suis pas sûr d’en avoir le courage. Non pas que la série soit ratée : c’est exactement l’inverse, c’est la réussite du projet qui suscite le malaise, une forme d’asphyxie, de celle qu’on n’éprouve que dans les cauchemars.

La forme y est pour beaucoup. Les réalisateurs de la série, réunis au sein du collectif Les Parasites, ont opté pour la brièveté, l’hyperréalisme et le plan-séquence. Cela produit deux effets : une condensation de la dramaturgie et une abolition de la distance. Le spectateur est happé par l’action, il doit sauver sa peau.

Dans cet autre épisode, on suit un groupe de personnes : elles ont fui leur maison, arrivent dans un hameau, une communauté y est déjà installée, bien organisée, stock de provisions, etc. Celle-ci va-t-elle accepter d’accueillir les nouveaux arrivants ? La suspicion s’installe.

Le fond rejoint la forme. Ce qui est particulièrement angoissant dans cette série, ce n’est pas l’attente de la catastrophe, elle a déjà eu lieu. C’est la vie après, l’idée que celle-ci va se résumer à une compétition pour sa propre survie. Un nouveau régime de terreur s’installe : c’est moi ou les autres.

En littérature, Cormac Mc Carthy avait déjà réussi l’exploit de provoquer cet effondrement intérieur avec son monstrueux roman, La route, l’histoire d’une fuite ininterrompue et sans issue d’un père et son fils, après qu’une catastrophe écologique a eu lieu. Dans La route, le monde se divise en deux camps : les cannibales et leurs victimes.

Evidemment, ce n’est pas ainsi que cela va se passer, parce que ça ne se passe jamais comme on l’a imaginé. Evidemment, ce ne sera pas aussi brutal, tout ne va pas s’écrouler en un jour. Et si malgré tout la société s’effondre, nous ne serons pas renvoyés à cette prétendue nature humaine qui fait que l’Homme serait un loup pour qui vous savez. La paléoanthropologie nous enseigne, au contraire, que les premiers humains étaient mus par la compassion, l’entraide et la solidarité, la guerre ne leur était pas naturelle.

Dans le dossier de presse de la série de Canal , les producteurs assument le caractère anxiogène du message. Mais il parait que les derniers épisodes redonnent un peu espoir. Je ne suis pas sûr d’avoir envie de vérifier.

Hervé Gardette

Chroniques

8H50
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