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un km à pied, ça use, ça use..

Supplique pour voir la pétanque assise devenir discipline olympique

4 min
À retrouver dans l'émission

Canicule au Qatar, déluge en Angleterre, typhon au Japon : les compétitions sportives qui se déroulent en ce moment sont-elles en train de nous renseigner sur ce que va devenir le sport de haut niveau... à l'ère du dérèglement climatique ?

un km à pied, ça use, ça use..
un km à pied, ça use, ça use.. Crédits : MUSTAFA ABUMUNES - AFP

Sous mes fenêtres, il y a ce qu’on appelle, à Paris, la Coulée verte : une bande aménagée réservée aux piétons, par endroits aux cyclistes, qui s’étire de la place de la Bastille jusqu’au bois de Vincennes. Le dimanche toutefois, au petit matin, on y pratique essentiellement la course à pied. Une activité particulièrement pénible si j’en juge par les grimaces qui barrent le visage de ces drôles de paroissiens, et par les onomatopées qui ponctuent leur respiration. Mais du moins bénéficient-ils, à cet endroit, d’un parcours ombragé et tempéré.

J’y songeais samedi soir, aux alentours de minuit, en regardant la retransmission de l’épreuve du 50 kilomètres marche masculin aux championnats du monde d’athlétisme de Doha. Il n’y a qu’une heure de décalage entre le Qatar et la France, la course avait donc bien lieu en pleine nuit. Pourtant, c’était comme si les marcheurs avançaient sous un soleil de plomb, dégoulinants de sueur.

Un peu plus tôt, sur le marathon féminin, près de la moitié des sportives avaient abandonné, certaines au bord de l’évanouissement, en raison de la chaleur étouffante : 32 degrés assortis de 73 % d’humidité. Le départ avait pourtant été donné, là encore, longtemps après la fin du jour.

Tous les athlètes de ces championnats ne sont pas soumis à si rude épreuve. Ceux confinés dans le stade qatari bénéficient d’une température plus clémente. Une douzaine de degrés en moins par rapport à l’extérieur. Mais c’est au prix d’une aberration : l’enceinte est entièrement climatisée. Climatisée, et à ciel ouvert !

Avec le dérèglement climatique, va-t-il falloir s’habituer à de telles images, et à de telles débauches d’énergie, y compris sous d’autres latitudes ? La question n’est pas rhétorique. Le monde du sport se la pose. Ainsi aux prochains Jeux Olympiques d’été, en 2020, à Tokyo, par anticipation de la canicule, le départ du marathon sera donné avant l’aurore.

Tokyo qui ne sera plus ville olympique avant belle lurette... car en misant sur le pire des scénarios du Giec, seules quelques villes seraient en mesure, d’ici la fin du siècle, d’organiser les J.O. tels qu’ils se déroulent aujourd’hui : c’est la conclusion à laquelle sont parvenus des chercheurs de l’université californienne de Berkeley.

Comme le montrait un dossier du journal La Croix en début d’année, tous les sports de plein air, toutes les compétitions pourraient être affectées. Les Jeux d’hiver bien sûr avec la pénurie de neige. Mais aussi le football, le rugby, le tennis à Wimbledon : les pelouses naturelles sont cuites. Les golfs, aménagés près des côtes, sont menacés par l’érosion, consécutive à la montée des eaux. Plus au large, ‘’la modification des marées pourrait faire disparaître’’, à l’horizon du siècle, ‘’18% des spots de surf actuels’’.

Les compétitions qui se déroulent en ce moment nous donnent peut-être un aperçu de ce qui attend les athlètes dans les prochaines années. Hier, dans le Yorkshire, en Angleterre, le parcours des championnats du monde de cyclisme sur route a dû être raccourci d’une vingtaine de kilomètres : pluies diluviennes, routes gorgées d’eau, des vélos transformés en bateaux, comme des roues à aube sur le Mississipi. Déjà cet été, sur le Tour de France, il avait fallu interrompre la course, décision inédite, à cause d’un violent orage de grêle sur la route qui mène à Tignes.

Sur celle qui mène au titre de champion du monde de rugby, il y a un typhon. Il s’appelle Mitag, il s’approche de Fukuoka au Japon, là-même où le XV de France doit jouer mercredi contre l’équipe des Etats-Unis. Si le typhon typhonne, le match pourrait être annulé : il ne sera pas rejoué, mais considéré comme nul.

Les fortes chaleurs auraient déjà des incidences sur les performances des athlètes, altérant leur capacité à battre des records. Le sport business ayant horreur du vide, verra-t-on dès lors apparaître de nouvelles épreuves, pour tenir compte du dérèglement climatique ?

Il y a quelques années, j’avais couvert, près de Montpellier, une compétition qui, avec le recul, me parait particulièrement adaptée : le championnat de France de pétanque assise. Qu’est-ce qu’on attend pour en faire une discipline olympique ?

par Hervé Gardette

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