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Bobigny

Les blancs ont-ils quitté les quartiers populaires ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Depuis des décennies, une transition sourde traverse notre pays : c’est la ghettoïsation ethnique de nos quartiers populaires.

Bobigny
Bobigny Crédits : AFP

"Mon fils de 8 ans m’a demandé si le prénom de Pierre existait vraiment. Ou s’il n'existait que dans les livres tellement il y a un manque de mixité dans le quartier. Je lui ai dit non : [le prénom] de Pierre existait vraiment. Il y a des gens qui s’appellent Pierre. Et cette question m’a choquée." Le 19 avril 2021, Emmanuel Macron visite un quartier populaire de Montpellier et rencontre une dame qui lui tient ce discours ; une dame de la cité, qui s’alarme du manque de mixité…

Depuis des décennies, une transition sourde traverse notre pays. Il ne s’agit pas, bien sûr, du fantasme nocif et pernicieux du grand remplacement. Toutes les statistiques ont démontré sa fausseté, sa dangerosité… sa bêtise. Cette transition, c’est la ghettoïsation ethnique de nos quartiers populaires, que raconte avec sensibilité et précision, un livre paru aux éditions Fayard, la semaine dernière. 

Il s’intitule Et les blancs sont partis. Il est signé par le journaliste Arthur Frayer-Laleix, et entreprend un reportage au cœur du réel, au cœur de la fracture ethnique de la France. Alors à son auteur, j'ai demandé : pourquoi des blancs sont partis ? Il donne une première raison : "Les blancs sont partis des quartiers populaires parce que les pouvoirs publics, ont organisé une politique de peuplement sous couvert de politique de logements, massivement en travaillant avec les bailleurs sociaux. C'est à dire, qu'on a attribué des logements en fonction de l'origine des gens, sans jamais le dire."

En miroir, beaucoup de blancs sont partis des quartiers populaires, parce qu’ils ne se reconnaissaient pas dans le mode de vie des populations immigrées. Ainsi, Madeleine, une habitante du Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie, raconte : "Pensez donc ! Tout est halal, là-bas. C’est rien de ce que je mange. Et puis il y a les jeunes qui y traînent devant toute la journée". À la lecture du livre, on se dit donc ; "remplacement, non. Il s’agit d’abord d'un grand évitement entre des personnes parquées et d’autres, qui se sentent parfois fragilisées".

Un manquement des politiques publiques

Les habitants des banlieues sont ainsi les premiers à regretter le départ des blancs. Et l’on réalise, ainsi, qu’à défaut de grand remplacement, il y a aussi un grand renoncement. Un renoncement à susciter de la mixité par des politiques efficaces de l’emploi, du logement, de l’éducation. 

Arthur Frayer-Laleix s'appuie sur l'exemple des politiques de logement, où "le terme de mixité sociale revient énormément dans les projets de loi depuis 1990, alors que très souvent, en creux, ce qu'on tête les élus, c'est davantage la mixité ethno raciale, comme le dit un des chercheurs que je rencontre".

C’est la force du livre d’Arthur Frayer-Laleix qui résonne de mille voix. Et où l’on comprend enfin qu’à défaut de grand remplacement, il y a en fait, surtout, enfin, un grand renfoncement entre les mots du politique : vivre ensemble, lien social, faire société ou faire France ; et les mots des habitants des cités qui parlent des noirs, des Arabes, des Haïtiens, des Comoriens, des blancs, des Français. Qui parlent de la France contemporaine, multiculturelle, telle qu’ils la voient et la vivent. De ces morceaux de pays, où beaucoup regrettent que de nombreux blancs soient partis.

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