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je doute donc je suis...climato-sceptique ?

Les climatosceptiques, de Steve Bannon à Naomi Seibt

3 min
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Officiellement, les climatosceptiques ne nient pas la réalité du réchauffement climatique. Ce qu’ils contestent, c’est la part de responsabilité humaine dans le changement climatique. Retour sur un discours politique dont les argumentaires et les figures, de Steve Bannon à Naomi Seibt, évoluent.

je doute donc je suis...climato-sceptique ?
je doute donc je suis...climato-sceptique ? Crédits : Francesco Carta fotografo - Getty

Autant j’ai un doute quant à l’existence des platistes (ce qui est assez cocasse quand on y songe, douter de l’existence de gens qui mettent le doute au cœur de la leur, bref), autant je ne me faisais guère d’illusion quant à la capacité de régénération des climatosceptiques sur leur terre d’élection : l’Amérique.

Le 5 novembre dernier, Donald Trump engage son pays dans une marche arrière : les Etats-Unis se retirent de l’accord de Paris sur le climat, retrait qui sera effectif en novembre 2020, au lendemain de la prochaine présidentielle. L’idée lui a notamment été soufflée quelques mois plus tôt par un de ses anciens conseillers : Steve Bannon.

Bannon est-il un vrai climatosceptique, au sens où il serait convaincu que le réchauffement climatique est une pure foutaise, un complot contre l’Amérique ? Sans doute pas. Mais cet artisan de l’’’America first’’ ne peut concevoir que les Etats-Unis se laissent dicter une partie de leur conduite par des acteurs extérieurs. C’est un des ressorts de la geste trumpienne que de rejeter le multilatéralisme au nom de la souveraineté nationale et de la défense de l’emploi. Et tant pis pour le climat !

Un autre élément explique qu’une partie de l’opinion américaine soit sensible au discours climatosceptique : la polarisation du débat politique. Comme l’explique le chercheur en études américaines Jérôme Viala-Gaudefroy dans un article pour Slate, le pays est profondément divisé (Bannon y a sa part), Républicains et Démocrates s’affrontent sur de nombreuses questions de société. Or ‘’le fait que des démocrates progressistes se soient attaqués très tôt au réchauffement climatique’’ (comme par exemple l’ancien vice-président Al Gore) ‘’n’a fait que politiser un peu plus le sujet’’. Autrement dit, la protection de l’environnement, ou à l’inverse la contestation des mesures en sa faveur, sont devenues des marqueurs idéologiques, une façon de se positionner sur l’échiquier politique et de fidéliser sa clientèle.

Il faut d’ailleurs noter que le climatoscepticisme ‘chimiquement pur’ n’est pas l’approche privilégiée par ceux qui, comme Bannon, s’inscrivent dans cette vision conservatrice, et qui, au nom de leurs intérêts propres, s’opposent à tout ce qui pourrait remettre en cause leurs activités. Officiellement, ils ne nient pas la réalité du réchauffement. Ce qu’ils contestent, c’est la part de responsabilité humaine dans le changement climatique.

Et pour mener cette contestation, rien de mieux que d’instiller le doute. En dénichant par exemple dans la communauté scientifique de semeurs d’incertitude. Une stratégie éprouvée puisque utilisée pendant longtemps par l’industrie du tabac, comme l’avait bien documenté le journaliste Stéphane Foucart dans son livre La fabrique du mensonge paru en 2013. Il s’agit d’’’entretenir l’incertitude par tous les moyens’’, quitte à en rajouter dans le cynisme.

Dans le très intéressant dossier que le magazine Socialter consacrait le mois dernier aux ‘’ennemis de l’écologie’’, on apprend par exemple que le Heartland Institute, un think tank conservateur connu pour son hostilité à la lutte contre le réchauffement climatique, a fini par se ranger à l’argument écologique… mais pour défendre l’exploitation des gaz de schiste, présentés comme ‘’une énergie plus propre que le charbon’’. Il fallait oser.

Mais le véritable coup de maître de ce think tank restait à venir. Son nom : Naomi Seibt. Naomi Seibt est Youtubeuse, elle a 19 ans, elle est blonde, elle a des cheveux longs, elle n’est pas suédoise mais allemande (ce qui dans la vision étriquée du monde selon Trump ne change pas grand-chose). Surtout, elle considère que le changement climatique est surestimé, qu’il ne faut surtout pas paniquer. Vous l’avez compris, c’est l’anti Greta Thunberg.

Le Heartland Institute a eu l’idée – géniale - de choisir une égérie qui ressemble à son adversaire. Stratégie d’autant plus redoutable que le profil de Naomi Seibt suffit à la rendre médiatiquement désirable : c’est en quelque sorte la prime à la rareté, sa jeunesse et son climatoscepticisme en font une cliente rêvée pour les télés. Et pour la presse écrite : le Washington Post vient de lui consacrer un long portrait, augmentant d’un coup sa notoriété. On n’a sans doute pas fini d’en entendre parler.

par Hervé Gardette

Chroniques

8H50
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