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Les droits de l'Homme, au défi de la biodiversité

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À retrouver dans l'émission

Les droits de l'Homme sont, par définition, anthropocentrés. Peuvent-ils néanmoins prendre en charge la question de la biodiversité ?

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aucun animal n'a été maltraité pour réaliser cette photo Crédits : HG - Radio France

J’ai le privilège de faire partie, depuis quelques semaines, de la CNCDH, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme. Avant-hier, nous nous réunissions, comme chaque mois, en assemblée plénière. Il s’agissait notamment de décider des thèmes du Prix des droits de l’Homme de la République française, qui sera remis en fin d’année. A l’issue des discussions, nous avons notamment retenu celui de la défense de la biodiversité.

A première vue, on peut s’étonner de voir cette thématique associée à celle des droits humains. Par définition, ces derniers sont anthropocentrés. Ils visent à défendre les droits des individus de notre espèce, mais pas ceux des plantes ni des animaux.

Ainsi, la seule limite envisagée à leur exercice ne concerne que l’atteinte aux droits de nos semblables. C’est ce qu’on comprend bien à la lecture de l’article 4 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789, selon lequel ‘’la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits’’.

Cela ne veut pas dire que les droits de l’Homme autorisent les atteintes à la biodiversité, mais du moins, ils ne les interdisent pas formellement. Les animaux ne sont donc ‘pas considérés comme des sujets dont les besoins éthologiques et la subjectivité pourraient limiter notre droit’

C’est le constat que fait la philosophe Corine Pelluchon, dans un des textes de son dernier ouvrage, ‘’Réparons le monde’’, aux éditions Payot et Rivages. Pour cette spécialiste de Levinas, engagée dans la défense de la cause animale, il serait pourtant nécessaire et logique de prolonger la dynamique universaliste des Lumières en direction de l’ensemble du monde vivant. A commencer par les animaux.

’Il faut admettre’’ écrit-elle ‘’qu’ils forment avec nous une communauté mixte de fait, que notre habitation de la Terre est toujours une cohabitation, et que la justice implique que les règles de cette coexistence entre humains et non-humains soient équitables. Cela signifie que notre liberté n’est pas limitée exclusivement par les autres êtres humains mais aussi par les animaux’’.

Evidemment, il n’est pas question d’attribuer les mêmes droits à un être humain qu’à un chien ou à un arbre. Ce serait absurde. Pas question non plus de nier l’avancée qui a consisté à forger le concept d’individu, une ‘’fiction théorique’’ certes, mais sans laquelle l’Etat de droit n’aurait pas été possible.

Mais ce qu’explique Corine Pelluchon, c’est que cette approche a fini par nous éloigner du reste du vivant, à représenter ‘’l’humain comme un empire dans un empire’’ et la nature comme ‘’un simple fondement’’. Or, les connaissances scientifiques qui sont les nôtres aujourd’hui, notamment sur les questions de sensibilité, sont difficilement compatibles avec des droits qui nous tiennent à l’écart des autres êtres vivants. 

Il y va de notre responsabilité, mais aussi tout simplement de notre intérêt. Les atteintes à la biodiversité ont des conséquences directes sur l’exercice de nos droits : quand la première est attaquée, les seconds sont affaiblis. La crise du coronavirus en a fourni une parfaite illustration.

Accorder des droits aux animaux, à la nature, distincts des droits humains mais dans le prolongement de ces derniers, n’a donc rien d’illogique. ‘’Un tel programme’’ conclue la philosophe ‘’prolonge l’œuvre émancipatoire des Lumières et renoue pleinement avec leur idéal civilisationnel’’. La défense de la biodiversité est bien une condition de la réalisation des droits humains.

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Bibliographie

Réparons le monde. Humains, animaux, natureCorine PelluchonRivages Poche Petite Bibliothèque, 2020

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