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et si l'histoire de l'énergie s'était écrite autrement...

Les énergies de demain datent déjà d'hier

3 min
À retrouver dans l'émission

La France vise la neutralité carbone en 2050. Cela passe par le développement des énergies renouvelables. Cela tombe bien : l'histoire de l'énergie fourmille d'exemples qui auraient peut-être mérité d'être davantage suivis.

et si l'histoire de l'énergie s'était écrite autrement...
et si l'histoire de l'énergie s'était écrite autrement... Crédits : Rajvir Singh - Getty

Le gouvernement présentait hier sa Stratégie nationale bas carbone, à savoir la feuille de route de la France pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre et atteindre la neutralité en 2050. L’objectif, c’est de décarboner totalement la production d’énergie d’ici 30 ans. Cela passe par la sobriété et par le développement des énergies renouvelables.

Cette préoccupation nous paraît à ce point contemporaine qu’elle nous ferait presque oublier que l’histoire est riche de procédés qui, s’ils avaient connu un succès durable, auraient pu changer notre paysage énergétique. Et puisque nous imaginons aujourd’hui le monde de demain, je vous propose de faire un grand bond… en arrière.

Faire marche arrière pour trouver les énergies de demain... 

En 1820 par exemple, avec l’apparition du four géothermique. Ce four utilise la vapeur des étangs pour en extraire l’acide borique nécessaire à la fabrication du verre et de la céramique. Il fera la fortune de son inventeur, l’ingénieur François de Larderel, sans que la géothermie parvienne à s’imposer durablement : elle représente aujourd’hui moins de 0,5% de la production d’électricité mondiale.

En 1873, un autre ingénieur, Louis Mékarski, met au point le tramway à air comprimé, qui va équiper plusieurs réseaux de transport à la fin du XIXe siècle, jusqu’au début du XXe. L’air comprimé pour faire avancer des véhicules : le pétrole aura raison de cette idée, réduite aujourd’hui à l’état de prototype.

Ces procédés font l’objet d’une recension dans un livre que j’avais brièvement mentionné il y a quelques mois : Rétrofutur. Une contre-histoire des innovations énergétiques (Buchet-Chastel). On peut être tenté de le lire comme un bestiaire d’idées farfelues. Mais il faut se méfier de l’effet d’optique que le présent inflige au passé. L’histoire des hommes, comme celle de l’énergie, se raconte toujours du point de vue du vainqueur.

Comme l’écrivent les historiens François Jarrige et Alexis Vrignon dans leur ouvrage Face à la puissance. Une histoire des énergies alternatives à l’âge industriel (La Découverte), ce qui nous apparaît aujourd’hui comme une évidence n’avait rien d’inéluctable. Ainsi ‘’le charbon puis le pétrole se sont imposés en marginalisant d’autres trajectoires possibles, d’autres systèmes énergétiques jugés par certains fiables, plus efficaces et moins dangereux’’. Question de circonstances et de rapports de force.

... et s'inspirer de 1947 pour l'horizon 2050 

Prenons un autre exemple : le camion Saurer à hydrogène. Je vous lis son histoire telle qu’elle est écrite dans Rétrofutur : ‘’en 1947, près d’Angers, deux collègues passent leurs journées et leurs nuits autour d’un camion. Ils aimeraient pouvoir l’utiliser pour transporter des sacs de farine entre le moulin et l’entrepôt. Leur problème ? Le carburant est hors de prix et difficile à trouver en cette période d’après-guerre’’. Ils vont mettre au point un système d’électrolyse pour extraire l’hydrogène de l’eau et faire avancer leur camion. Un système ‘’simple, robuste et durable’’, qui va leur faire parcourir, sans accident, des milliers de kilomètres. ‘’De cette belle histoire, il ne reste que quelques articles épars, et des photos’’.

Ce qui est intéressant avec tous ces exemples, c’est de voir que ces procédés fonctionnaient parfaitement mais que faute de circonstances favorables, de choix politiques et d’investisseurs suffisants, ou simplement faute de volonté, ils ne se sont pas imposés plus largement. Peut-être tout simplement parce qu’ils se suffisaient à eux-mêmes, comme le camion Saurer à hydrogène.

Quelle leçon en tirer ? Et bien au moment où la France s’engage à décarboner totalement son énergie d’ici 2050 en mettant l’accent sur les renouvelables, il y a sans doute quelques bonnes idées à récupérer dans le passé.

par Hervé Gardette 

Chroniques
8H50
3 min
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