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il ne suffit pas d'arriver premier pour remporter une course

Les leçons du Vendée Globe

3 min
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Dans une course, celui qui gagne, c'est celui qui arrive le premier. Mais pourquoi ne pas changer cet indicateur de performances ?

il ne suffit pas d'arriver premier pour remporter une course
il ne suffit pas d'arriver premier pour remporter une course Crédits : Nora Carol Photography - Getty

Il ne suffit pas d’arriver premier pour remporter une course. Encore faut-il que vos poursuivants n’aient pas été plus rapides. Cela vous parait absurde ? C’est pourtant ce qui s’est passé avec la 9e édition du Vendée Globe.

Mercredi soir, Charlie Dalin est le premier à franchir la ligne d’arrivée aux Sables d’Olonne, après avoir navigué pendant 80 jours autour du monde. Quelques heures plus tard, Louis Burton arrive à son tour, bientôt suivi par  Yannick Bestaven : c’est lui qui est déclaré vainqueur. La cause est connue : pour s’être dérouté pendant la course afin de porter assistance à un autre concurrent, le skipper bénéficie d’un temps de bonification, une dizaine d’heures qui ont suffi à bouleverser le classement.

Décision équitable : en se déroutant pour aider un autre navigateur, Yannick Bestaven a perdu du temps sur ses concurrents. Mais rien ne dit que s’il avait suivi son itinéraire, il serait arrivé en tête. Peut-être que son bateau aurait subi une avarie, qu’il serait encore en pleine mer. Symboliquement, la direction du Vendée Globe a donc aussi choisi de récompenser un acte de pur altruisme, un geste valeureux qui relève du code d’honneur de la navigation.

Et bien pourquoi ne pas en faire le principal critère de distinction dans les compétitions sportives ? Pourquoi faudrait-il toujours que celui qui arrive premier soit déclaré vainqueur ? D’autant que la plus haute marche du podium ne vous garantit pas toujours d’avoir été le meilleur. Jetez un œil par exemple au palmarès du tour de France cycliste dans la première décennie du XXIe siècle : Lance Armstrong, mais aussi Floyd Landis et Alberto Contador furent dépossédés de leur titre après s’être dopés. Si bien que certains suggérèrent d’attribuer le maillot jaune à la lanterne rouge.

Le cyclisme est d’ailleurs un bon exemple d’un sport de courses où la hiérarchie ne dépend pas seulement du chronomètre. Si Raymond Poulidor fut aussi populaire, c’est parce qu’il était l’éternel second. J’ai de mon côté participé autrefois à des critériums cyclistes d’un genre inédit : il fallait calculer, sur une carte routière, la distance à parcourir, choisir une vitesse moyenne pour effectuer le parcours, et arriver à destination à la minute près : celui qui gagnait était le plus malin avant d’être le plus rapide.

Evidemment, une telle approche présente quelques obstacles. Sur quelles bases par exemple juger un 100 mètres si ce n’est pas à l’athlète le plus véloce que la médaille d’or est promise ? L’effort produit ? les progrès réalisés ? Ce serait sans doute moins explosif en course, mais pas forcément moins spectaculaire, question d’habitude en fait.

Il va de soi qu’une telle transition dans le monde de la compétition sportive est illusoire, encore qu’il existe des disciplines où le résultat peut dépendre de la seule attitude des compétiteurs : c’est le cas par exemple dans certains combats de judo, où la victoire revient à l’athlète le plus combatif. Mais le plus souvent, la performance se mesure en données chiffrées : en secondes écoulées, en mètres parcourus, en buts marqués.

A vrai dire, il n’y a pas que la compétition sportive qui use de tels critères sans songer à les remettre en cause. L’institution scolaire, avec son système de notation, suit à peu près la même logique : les meilleurs élèves ne sont pas toujours les plus valeureux. Et que dire de la façon dont les performances des salariés et des entreprises sont prises en compte ? La politique du chiffre est partout.

Voilà les étranges réflexions dans lesquelles m’a plongé l’arrivée disputée du Vendée Globe hier. Un pur exercice de pensée, car évidemment, il faudrait être bien déraisonnable pour changer nos indicateurs de performance. Dommage : Jean Le Cam, arrivé 8e hier soir aux Sables d’Olonne après avoir sauvé la vie de son collègue Kevin Escoffier, aurait pourtant mérité de remporter le trophée.

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