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voilà ce qui s'appelle ''être aux fraises'' !

Souveraineté alimentaire : petites mains et faux semblants

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La pandémie a imposé le thème de la souveraineté alimentaire. La France a-t-elle les moyens humains de l’assumer ?

voilà ce qui s'appelle ''être aux fraises'' !
voilà ce qui s'appelle ''être aux fraises'' ! Crédits : Image Source - Getty

’Vous souhaitez un job qui a du sens. Vous voulez travailler tous les jours dans les plus beaux bureaux du monde au contact de la nature. Vous souhaitez être un acteur de la chaîne alimentaire’’ : inscrivez-vous pour devenir saisonnier agricole et ‘’attendez qu’un agriculteur vous contacte’’.

Lancée l’an dernier aux premiers temps du confinement, l’opération ‘’Des bras pour ton assiette’’ a été reconduite cette année. La plateforme qui lui est associée recueille les offres d’emploi dans le secteur, comme par exemple, en ce moment, à Beaulieu-sur-Layon dans le Maine-et-Loire ou à Palau-del-Vidre dans les Pyrénées-Orientales. Il s’agit de compenser le manque de main d’œuvre salariée étrangère, à laquelle l’agriculture française est fortement dépendante. Une main d’œuvre freinée aux frontières du fait des restrictions sanitaires.

Certes, la situation de pénurie n’est pas la même que l’an dernier, ne serait-ce que parce qu’une partie des récoltes a été détruite par le gel début avril. Sur France Info il y a quelques jours, la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, estimait de moins 30 % à moins 40 % le nombre de jobs disponibles par rapport à d’habitude pour la récolte des fruits dans la vallée du Rhône.

Reste que cette question d’un manque de bras bleus-blancs-rouges pour assurer les récoltes, mise en évidence au printemps 2020, est toujours d’actualité à en juger par la proposition de loi déposée début mai par une vingtaine de députés. Leur texte vise à ‘’faciliter l’embauche de chômeurs français pour le travail saisonnier agricole’’, en permettant à ces derniers de conserver une partie de leur allocation chômage.

Cette approche participe du projet global d’assurer à la France sa souveraineté alimentaire. Le terme est assez nébuleux, ce qui permet de l’accommoder à toutes les sauces, comme par exemple lors du grand raout organisé hier par les principaux acteurs du secteur, en présence du Président de la République, et intitulé ‘’Le grand rendez-vous de la souveraineté alimentaire’’. Cocorico !

Sauf que si les intentions sont sans doute bonnes, elles se heurtent comme toujours à une réalité plus complexe. C’est ce qu’explique bien un des articles du tout dernier numéro de la revue Sésame, revue publiée chaque mois par l’Inrae (l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement).

Il y est d’abord question du bilan de la campagne invitant les Français à ‘’rejoindre la grande armée de l’agriculture française’’ (pour reprendre les roulements de tambour de l’ancien ministre Didier Guillaume, il y a un an). Une campagne tenant autant d’Austerlitz que de Waterloo : certes, 300 000 volontaires se sont inscrits au printemps dernier pour aider à ramasser les fraises et les asperges mais 15 000 seulement ont obtenu un contrat de travail, ce qui vient relativiser le discours sur la pénurie de main d’œuvre.

Pourquoi un tel décalage ? Et bien avant tout en raison des ‘’réticences de la part des agriculteurs à signer des contrats’’ avec la main d’œuvre locale.  Celle-ci n’a –à leurs yeux- ni l’expertise, ni les rendements, ni sans doute la docilité de son équivalent transfrontalier. Comme le dit un des chercheurs interrogés par Sésame, il y a une ‘’fonction idéologique de la pénurie de main d’œuvre’’ qui vient justifier le recours aux travailleurs étrangers.

Le secteur connait par ailleurs une profonde mutation, avec ‘’une externalisation croissante de la main d’œuvre. De plus en plus d’exploitants délèguent certains travaux à une entreprise dédiée’’. Comme par exemple la société espagnole de travail temporaire Terra Fecundis, spécialisée dans le travail détaché…et dont les responsables comparaissent depuis hier devant le tribunal correctionnel de Marseille dans une vaste affaire de fraude à la Sécurité sociale.

Bref, derrière le discours un peu simpliste sur la souveraineté alimentaire se cache une réalité beaucoup plus complexe…et pas mal d’hypocrisie.

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