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''cher John Doe, j'espère que vous allez bien...''

Lettre à John Doe

4 min
À retrouver dans l'émission

Aux Etats-Unis, John Doe, personnage fictif, désigne l'homme de la rue. Alors que la présidentielle américaine n'a pas encore accouché d'un vainqueur, nous lui avons écrit.

''cher John Doe, j'espère que vous allez bien...''
''cher John Doe, j'espère que vous allez bien...'' Crédits : Fotosearch - Getty

Cher John Doe,

J’espère que vous allez bien. J’aurais pu vous écrire beaucoup plus tôt mais je suis d’un naturel superstitieux : et si ma lettre avait l’effet inverse de celui recherché ? Je m’en serais voulu d’avoir contribué, même très indirectement, à la réélection de Donald Trump. A présent que vous avez tous voté, je me sens libre de vous l’envoyer.

De quoi je me mêle ? De ce qui me regarde.

Comme dirait Joséphine, j’ai deux amours, mon pays et les Etats-Unis. J’ai la chance d’y avoir séjourné à plusieurs reprises, dont une fois pour un voyage au long cours, dans l’Ouest : Californie, Arizona, Utah, Nevada. A côtoyer d’aussi près la nature dans ce qu’elle a de plus grandiose, à se perdre dans les grands parcs où l’air est cristallin, à croiser des ours en liberté en plein centre-ville (un seul en fait, et c’était un ourson, mais quand même !) ou tout simplement à sortir des magasins d’alimentation avec de grands sacs en papier alors qu’ici, les nôtres sont encore en plastique, on se dit que l’Amérique n’est pas telle qu’on nous la décrie.

Certes, il y a bien cette grosse verrue en plein désert, Las Vegas, une débauche de fric, de mauvais goût et de gaz à effet de serre, mais je m’étais dit alors que cette ville agissait comme un aimant, ou plutôt comme un trou noir, attirant vers elle, pour les engloutir, tous les vices de ce si grand pays.

Les Etats-Unis, c’est un peuple accueillant et généreux, en tout cas tous les John Doe que j’y ai croisés l’étaient. Ce sont des paysages à couper le souffle, de grands écrivains pour les décrire et -comme on dit désormais dans les concours de cuisine- pour les sublimer. Leur rencontre a donné naissance au ‘nature writing’, cette tradition littéraire dont nous ignorons presque tout en France.

Tout ceci épaissit encore un peu plus à mes yeux ce mystère : comment pouvez-vous vouloir détruire d’une main ce que vous faites mine de protéger de l’autre ? Comment Donald Trump, climato-sceptique notoire, peut-il d’ores et déjà revendiquer 5 millions de voix supplémentaires par rapport au précédent scrutin ?

S’il finit par l’emporter (ce qui à cette heure n’est toujours pas définitivement exclu) ce ne sera pas, comme en 2016, une catastrophe pour l’environnement : ce sera bien pire. Les Etats-Unis sortiront, pour au moins 4 ans, de l’accord de Paris sur le climat. Votre Président l’avait certes annoncé en 2017 mais, par le jeu des délais administratifs, ce retrait ne pouvait être effectif qu’au lendemain de la présidentielle : il l’est donc depuis ce matin.

Chaque John Doe émet en moyenne une quinzaine de tonnes de CO2 tous les ans, ce qui vous place –certes- loin des recordmen du monde que sont les habitants des monarchies pétrolières du Golfe, mais néanmoins dans le peloton de tête : eu égard à la population américaine, c’est colossal.

Si on compare les scores par pays, là non plus, les Etats-Unis ne sont pas en pole position. Avec 15% des émissions annuelles, vous n’arrivez que deuxième, derrière la Chine qui en produit presque le double : l’écart est énorme. Mais du moins les Chinois, beaucoup plus nombreux, viennent-ils de prendre l’engagement d’atteindre la neutralité carbone en 2060. Et on connait l’efficacité chinoise en matière de planification.

Je n’ai pas beaucoup entendu parler de changement climatique dans les commentaires à propos de cette élection : en tant que citoyen non-américain, j’y vois pourtant le principal enjeu de notre temps : ce qui se joue chez vous nous concerne aussi chez nous. En tant que citoyen tout court, je préfèrerais avoir à choisir comme modèle de pays qui lutte contre la catastrophe en cours une grande démocratie comme le sont les Etats-Unis plutôt qu’un régime autoritaire comme l’est la Chine.

Cher John Doe, vous avez déjà voté, vous écrire ne sert plus à rien (ça ne servait à rien de toute manière), Biden est donné gagnant mais sa victoire n'est pas encore acquise et je suis d'un naturel superstitieux. Reste qu'en cette fin d’année où nous avons tous bien morflés, vous n’imaginez pas à quel point ça me ferait du bien de recevoir, enfin, une bonne nouvelle de l’Amérique.

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