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le parc national du Simien, en Ethiopie

Biodiversité : la face cachée des parcs africains

5 min
À retrouver dans l'émission

La défense de la biodiversité ne se discute pas. Mais les moyens utilisés ne sont pas toujours appropriés, loin de là. Exemple avec les parcs nationaux africains.

le parc national du Simien, en Ethiopie
le parc national du Simien, en Ethiopie Crédits : guenterguni - Getty

Marseille devra encore attendre avant d’accueillir le Congrès mondial de la nature. L’événement (qui est à la biodiversité ce que sont les COP pour le climat) devait d’abord avoir lieu en juin dernier, avant d’être reporté à janvier 2021 pour cause d’épidémie. On a finalement appris avant-hier que ce serait pour plus tard (on ne sait pas encore quand), en raison de la situation sanitaire.

L’objectif de ce Congrès est d’établir un plan mondial pour protéger et restaurer les écosystèmes. Lesquels en ont bien besoin : la biodiversité est en déclin. La semaine dernière, le WWF publiait ainsi un rapport selon lequel, en près d’un demi-siècle, les populations de vertébrés auraient perdu les 2/3 de leurs effectifs.

La nécessité de les protéger ne se discute pas. Mais comme souvent, quand une question relève de l’évidence, on finit par se focaliser sur l’objectif, sans poser la question des moyens pour l’atteindre. Or en la matière, il y a beaucoup à dire. Et c’est tout l’intérêt d’un des ouvrages les plus remarquables de cette rentrée : ‘’L’invention du colonialisme vert’’ de Guillaume Blanc (Flammarion).

Historien de l’environnement, il y décrit le processus qui a conduit à la création de ces réservoirs de biodiversité que sont les parcs nationaux africains, et la façon dont ils sont gérés : ‘’Je croyais que les parcs africains étaient des espaces naturels harmonieux ; j’ai découvert des territoires minés par la violence’’, une violence à laquelle participent indirectement les grandes organisations de protection de la nature.

Pour comprendre les motifs de cette accusation, il faut remonter loin en arrière, lorsque s’impose une vision fantasmée de l’Afrique (et qui a si peu changé) : celle d’un paradis perdu, un sanctuaire pour la faune et la flore, un monde sauvage qui aurait dû le rester s’il n’y avait pas eu l’intervention de l’homme. Et pas n’importe lequel : le paysan africain, considéré –à tort- dès le XIXe siècle par les naturalistes européens comme responsable de la disparition de la forêt primaire et de certaines espèces.

Conséquence : puisqu’il est une menace pour la nature, il faut l’en écarter. Une philosophie qui va s’imposer au moment de la colonisation, mais aussi accompagner le mouvement de décolonisation. Des villages entiers sont ainsi évacués pour vider les grands parcs de toute présence humaine (touristes mis à part).

Des organisations comme le WWF ou l’UICN (l’Union internationale pour la conservation de la nature), véritables ‘’machines à reconversion pour les administrateurs coloniaux’’, vont ainsi travailler main dans la main avec les nouveaux dirigeants africains. Chacun y trouve son compte : les défenseurs de la nature peuvent continuer à œuvrer dans ces laboratoires à ciel ouvert que sont les parcs nationaux. Quant aux pouvoirs locaux, ils prennent prétexte de ce travail de préservation pour expulser les populations les moins dociles. ‘’Chacun a besoin de l’autre pour atteindre son objectif ; et leur accord se fait alors sur le dos de celui qu’ils doivent tous les deux soumettre pour conserver leur pouvoir : l’habitant’’

Le comble, explique Guillaume Blanc, c’est que ces politiques ne sont même pas efficaces. Pire, elles aggravent parfois le problème, comme par exemple en Ethiopie, dans le parc national du Simien, créé en 1969 pour protéger une espèce endémique : le Walia Ibex, le bouquetin d’Abyssinie.

Cette espèce est peu chassée, ne serait-ce parce qu’une fois tués, les bouquetins sont très difficiles à récupérer sur les pentes escarpées. Mais les populations locales, à qui on demande à l’époque de quitter les lieux, vont réagir de manière inattendue : alors qu’elles ne chassaient pas le Walia Ibex, elles se mettent à le faire, considérant que si le bouquetin disparait de leur montagne, alors le parc national n’aura plus de raison d’être…et les villageois pourront continuer à y vivre.

Bien entendu, cela ne veut pas dire que les parcs nationaux ne servent à rien. Ce sont des maillons essentiels de la protection de la nature. Mais peut-être vaudrait-il mieux en effet, pour ne pas en exclure les humains (a fortiori ceux qui subissent la catastrophe écologique davantage qu’ils n’y participent), parler de protection du vivant.

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