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le gouvernement a dévoilé hier sa stratégie nationale pour le développement de l'hydrogène décarboné

L'hydrogène, nouvelle pierre philosophale ?

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Le gouvernement vient de présenter son plan Hydrogène : 30 milliards d'euros à l'échéance 2030 pour favoriser l'utilisation d'hydrogène décarboné, notamment dans le secteur des transports.

le gouvernement a dévoilé hier sa stratégie nationale pour le développement de l'hydrogène décarboné
le gouvernement a dévoilé hier sa stratégie nationale pour le développement de l'hydrogène décarboné Crédits : William Andrew - Getty

Avez-vous déjà entendu parler de Jean-Luc Perrier ? Probablement pas. Ce professeur de mécanique à l’Université d’Angers, disparu en 1981 dans un accident de la route, fait partie de la cohorte de ces inventeurs restés anonymes pour avoir eu raison trop tôt.

Le 21 janvier 1979, la Nouvelle République du Centre Ouest lui consacre un article : il vient d’inventer la première voiture à hydrogène alimentée par l’énergie solaire. La voiture : en l’occurrence une vieille Simca 1000, récupérée chez un carrossier pour la modique somme de 200 francs. Sur la photo qui illustre l’article, on le voit, posant à côté de son véhicule, sur lequel il est écrit en grosses lettres : ‘’Soleil Eau Matériel = carburant inépuisable et propre = l’Hydrogène’’

Comme l’écrit l’auteur du reportage (après avoir testé le prototype sur quelques mètres en circuit fermé), ‘’à une époque où l’humanité compte en années ses réserves de pétrole, où l’Occident vit dans la hantise du prix du pétrole qui pourtant n’est pas payé cher en ce sens que rien n’est fait pour en renouveler les réserves, faire marcher une voiture à l’hydrogène est un rêve.’’

40 années ont passé, et l’hydrogène n’a semble-t-il rien perdu de sa puissance onirique. Il fallait entendre la ministre de la Transition écologique hier, pour s’en convaincre : ‘’l’hydrogène fait rêver’’, ‘’nous sommes en train de poser une pierre qui comptera pour les générations futures’’, c’est ‘’une nouvelle aventure pour le génie français’’ s’est enthousiasmé Barbara Pompili, à l’occasion du lancement de l’ambitieuse Stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène décarboné en France.

Il faut dire que de tous les éléments chimiques connus, l’hydrogène est celui qui, si l’on en juge par ses zélateurs, se rapproche le plus de la pierre philosophale. On peut ainsi lire, dans un rapport ministériel publié en juin 2018, qu’il est le plus abondant dans l’univers ; que sa combustion libère trois fois plus d’énergie qu’une même quantité d’essence ; et qu’il ne rejette pas de dioxyde de carbone mais seulement de la vapeur d’eau.

Avec tous ces atouts, on peut s’étonner qu’il ait fallu attendre aussi longtemps pour que l’Etat en fasse un axe central de sa politique énergétique. Pour l’heure, la production nationale d’hydrogène industriel ne représente que 900 000 tonnes par an. Cela devrait considérablement augmenter dans les prochaines années, sous l’effet des 2 milliards d’euros mobilisés sur ce sujet dans le plan de relance du gouvernement, 7 milliards au total à échéance 2030.

Alors pourquoi avoir attendu autant ? Et bien parce que pour changer d’échelle, il fallait une condition sine qua none : que cette énergie soit plus avantageuse que ce qu’elle est censée remplacer. Or si l’hydrogène ne rejette pas de CO2, sa production repose essentiellement aujourd’hui (à 94%) sur les énergies fossiles, augmentant d’autant son impact environnemental. 

Certes, la technique qui permet de produire de l’hydrogène vert, ou bas carbone, existe : il suffit que sa production, par électrolyse de l’eau, soit faite à partir d’électricité renouvelable. Mais cette production coûte cher, trop cher pour être compétitive. D’où l’intérêt d’avoir l’Etat derrière soi pour sécuriser les investissements et développer une filière compétitive. Et aboutir pourquoi pas, comme l’a promis le ministre de l’Economie Bruno Le Maire hier, au premier avion neutre en carbone d’ici 2035.

C’est d’ailleurs à une intervention publique que songeait Jean-Luc Perrier, en ce mois de janvier 1979, en confessant ne pas vouloir dépasser pour sa part le stade du prototype : ‘’je veux attirer l’attention des pouvoirs publics et des industriels sur les solutions possibles aux problèmes énergétiques qui se posent à notre pays et à tout le monde industrialisé. Ensuite, ce sera à eux de jouer’’

On verra bien dans 40 ans si le Plan présenté hier marque un tournant, ou bien s’il faut le ranger dans la liste des échecs de l’Etat stratège. Mais on peut en tirer une leçon : en matière énergétique, une innovation ne vaut rien en elle-même sans volonté politique.

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