LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
face à l'état d'urgence climatique, quel équilibre entre liberté et sécurité ?

Liberté et sécurité sont sur un bateau

3 min
À retrouver dans l'émission

Peut-on vivre en toute sécurité sans porter atteinte à nos libertés ? La question se pose à nouveau en ces temps d’état d’urgence écologique.

face à l'état d'urgence climatique, quel équilibre entre liberté et sécurité ?
face à l'état d'urgence climatique, quel équilibre entre liberté et sécurité ? Crédits : Larry Washburn - Getty

Le 13 novembre 2015, très vite après les attentats parisiens, le conseil des ministres se réunit et décrète l’état d’urgence. Il prend fin deux ans après, le 1er novembre 2017. Une partie des dispositions dérogatoires, qui relèvent de ce régime d’exception qu’est l’urgence, entrent alors dans le droit commun. Pour les défenseurs des libertés publiques, c’est une capitulation : l’impératif de sécurité l’a –une nouvelle fois- emporté sur la préservation de la liberté.

La confrontation entre ces deux grands principes n’est pas nouvelle. C’est même un vieux débat. Mais comment le dupliquer, et est-il seulement duplicable, pour penser cet autre état d’urgence qu’est la crise climatique ? La question du bon équilibre entre sécurité et liberté se pose-t-elle dans les mêmes termes ?

La sécurité se définit comme la situation dans laquelle on ne court aucun danger. Le changement climatique est donc bien une atteinte potentielle à celle-ci. La Charte de l’environnement, adossée à la Constitution, y fait d’ailleurs indirectement référence, lorsqu’elle affirme, dans son article 1er, que ‘’chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé’’.

J’imagine que personne ne conteste ce droit. Mais comment le faire respecter ? C’est là que l’idée de la liberté, ou plutôt de sa limitation, entre en jeu. A quoi devons-nous renoncer pour vivre en sécurité face au danger climatique ? 

On pourrait commencer par énumérer ce à quoi nous renonçons déjà, en termes de liberté. Prenons un exemple : les pics de pollution atmosphérique. Lors de ces épisodes, certaines villes mettent en place la circulation alternée. La moitié des automobilistes sont temporairement privés de la liberté d’utiliser leur véhicule.

Mais de quoi parle-t-on ? Non pas d’un droit fondamental comme la liberté d’expression ou la liberté de conscience, qui sont au fondement de la démocratie. Il s’agit d’une privation matérielle, qui plus est temporaire, qui ne conduit en rien à ce que d’aucuns fantasment sous le label de ‘dictature verte’ (fantasme, dans la mesure où, jusqu’à présent, un tel régime n’a jamais vu le jour).

Jusqu’où pousser le curseur sans remettre ces droits fondamentaux en cause ? S’il est avéré que la consommation de viande aggrave (indirectement) le réchauffement climatique, faut-il, au nom de notre sécurité collective, interdire toute forme d’élevage ? Faut-il, au nom de l’intérêt général, rationner les voyages en avion ? Limiter le nombre d’enfants par couple ? Punir socialement les mauvais comportements ?

Ceci n’est pas une pure dystopie. C’est ce modèle autoritaire qu’a choisi la Chine pour mener ses grands projets de société, dont la lutte contre le réchauffement fait partie. Une politique de contrôle social portée par un Etat policier, à base d’algorithmes et de reconnaissance faciale, qui peut séduire eu égard à son efficacité.

Dans l’article que vous consacrez à ‘’La grande transformation écologique’’ (dans le dernier numéro de la revue Le Débat), vous écrivez que ‘’la démocratie n’est pas un levier instrumental parmi d’autres’’ pour mener la transformation nécessaire de la société. Autrement dit, c’est la démocratie, et en particulier –dites-vous- le modèle républicain qui est le mieux placé pour répondre au défi de cette grande transformation. Mais ce modèle est contesté, voire mal en point. Est-ce vraiment le meilleur d'entre tous ?

En fait, il faut peut-être aborder la question autrement. Plutôt que de se demander si la lutte pour le climat et l’environnement doit se faire au détriment de certaines de nos libertés, demandons-nous ce qu’il adviendra de celles-ci si le réchauffement et l’érosion de la biodiversité suivent leur cours.

Dans le Transperceneige, une bande dessinée adaptée au cinéma, un train gigantesque roule à vive allure, sans s’arrêter. Ses occupants ont échappé à une catastrophe écologique. A l’arrière, la plèbe, traitée moins bien que du bétail. A l’avant, des wagons capitonnés, réservés aux plus riches. L’étanchéité entre les deux mondes est assurée par l’armée, et dans la violence.

Moins de sécurité et moins de liberté. Faute de lutter suffisamment contre le réchauffement, nous risquons de perdre sur les deux tableaux.

par Hervé Gardette

L'équipe
Production
Réalisation
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......