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ce mur va s'effondrer...ou pas. On parie ?

L'impossible pari pascalien de l'effondrement

3 min
À retrouver dans l'émission

La collapsologie, qui prévoit l’effondrement prochain de notre civilisation, fait débat. Science visionnaire ou charlatanisme ? Demandons à Blaise Pascal.

ce mur va s'effondrer...ou pas. On parie ?
ce mur va s'effondrer...ou pas. On parie ? Crédits : Flavio Coelho - Getty

J'ai survécu au bug de l’an 2000. J’en ai conçu une certaine tendresse pour les prophéties apocalyptiques : elles me rassurent. Si celles du passé ne se sont jamais réalisées, pourquoi en serait-il autrement pour celles de demain ? 

Face à la théorie de l’effondrement de la civilisation humaine, j’aurais donc plutôt tendance à me lancer dans de nouveaux projets, rasséréné par cette promesse d’un futur morbide. Quand Yves Cochet, ancien ministre de l’Environnement, évoque dans son dernier livre, ‘’Devant l’effondrement’’, que ‘’nous sommes dans le compte à rebours avant l’apocalypse’’, que nous faisons face à ‘’la perspective d’un effondrement imminent du monde et de l’humanité’’, ‘’que cet effondrement est possible vers 2020 et certain avant 2030’’, je me dis, comme nombre de mes contemporains, que nous avons le temps.

Oui mais si c’était vrai. J’ai beau me rassurer en pensant que c’est faux, puisque le pire a ceci de commun avec le meilleur : quand il est annoncé, il n’arrive jamais. Mais si c’était vrai. Si les collapsologues avaient raison quand ils disent que nos sociétés ont atteint un tel niveau de complexité que les bouleversements écologiques, économiques et financiers vont les faire s’écrouler comme des châteaux de cartes ? Que l’effondrement est même déjà en cours.

Dans un article qu’il vient de publier sur le site AOC, le philosophe Jean-Pierre Dupuy est catégorique : ça ne tient pas la route. L’auteur de ‘’Pour un catastrophisme éclairé’’ considère que les ouvrages des collapsologues baignent dans un ‘’flou conceptuel’’. Parmi ses cibles, Pablo Servigne, à qui l’on doit plusieurs ouvrages sur le sujet, et dont il cite ces lignes, qui se veulent rassurantes : ‘’si une personne n’est pas (encore) capable de parler d’effondrement, il ne faut probablement pas l’y forcer’’, ‘’chacun chemine à son rythme’’ . Pour Jean-Pierre Dupuy, c’est un ‘’tour de passe-passe’’ dans la mesure où ‘’la mise en garde fait accepter subrepticement son présupposé, à savoir que le message dit vrai’’.

Message pourtant convaincant quand on lit ‘’Comment tout peut s’effondrer’’, ouvrage précurseur de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, publié en 2015. Alors qui croire ? 

J’entends déjà les réponses fuser : il ne s’agit pas de croire, ou de ne pas croire, mais d’examiner les faits. Sauf que les faits ne sont pas seulement têtus, leur maniement aboutit à des conclusions contradictoires. Du coup, n’est-ce pas du côté de la croyance qu’il faut se tourner ? Et se servir du pari pascalien pour trancher.

Le pari pascalien, c’est celui de Blaise Pascal face à Dieu. Personne ne peut prouver qu’Il existe, mais personne ne pourra prouver le contraire. Dans le doute, Pascal fait le pari d’y croire : si Dieu n’existe pas, ce sera sans conséquences. Si Dieu existe, cela lui ouvrira le royaume des cieux.

Cette théorie peut-elle s’appliquer à la collapsologie ? D’un point de vue environnemental, vaut-il mieux y croire ou ne pas y croire ? Quel est le pari gagnant ?

Parier sur l’effondrement, c’est prendre le risque de la fuite en avant. Pourquoi ralentir puisque tout est fichu ? Profitons-en tant qu’il est encore temps.

Mais parier sur le non-effondrement, c’est prendre un autre risque : celui de la procrastination, remettre à demain les décisions vitales à prendre aujourd’hui. C’est s’autoriser de nouveaux délais…et précipiter l’effondrement. Dans un cas comme dans l’autre, c’est un pari perdant, y croire ou ne pas y croire peut avoir le même résultat : l’inaction.

Dès lors, comment se positionner ? Dans ‘’Le bonheur était pour demain’’ aux éditions du Seuil, Philippe Bihouix, membre du même institut de recherche qu’Yves Cochet, propose cette ‘’métaphore aéronautique’’ qui, à ce stade, me convient assez bien : ‘’même si la piste est trop courte et les moteurs en flammes, je préfère chercher comment sortir le train d’atterrissage ; tout en sachant bien, dans le brouhaha des autres passagers, que l’équipage n’aura que faire de mes réflexions de client de la classe économique’’.

Croire ou ne pas croire : l’important, c’est d’agir !

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