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faut-il mettre les articles sur la transition écologique en accès libre ?

L'urgence d'informer

4 min
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Et si la transition écologique conduisait à repenser le business model des médias ?

faut-il mettre les articles sur la transition écologique en accès libre ?
faut-il mettre les articles sur la transition écologique en accès libre ? Crédits : peepo - Getty

S’il fallait se restreindre à un seul journal de la presse généraliste pour se tenir informé de l’actualité environnementale, ce serait Le Monde, sans hésiter. Le quotidien propose des articles remarquables, nombreux, fouillés, qui témoignent du changement de statut des questions écologiques dans la hiérarchie de l’information : de périphériques, elles sont devenues centrales.

La lecture quotidienne et en ligne de la rubrique Planète m’étant devenue indispensable, j’ai ressenti une pointe d’agacement ces derniers jours en constatant que LeMonde.fr avait visiblement changé ses conditions d’accès : impossible désormais de lire un article si un autre que vous est déjà connecté sur le même compte.  Finie la lecture en mode partagé.

Cette petite mésaventure m’a conduit à m’interroger sur la question de l’accès à l’information, en particulier l’information liée au changement climatique. A moins de faire partie des indécrottables climato-sceptiques (il en reste encore quelques-uns), il est largement admis aujourd’hui que le réchauffement est une réalité, de même que l’effondrement de la biodiversité, et que ces bouleversements vont considérablement modifier les trajectoires humaines. Certains parlent de guerre à mener, le mot n’est peut-être pas trop fort, il y a bien en tout cas nécessité d’une large mobilisation collective. Et donc d’une diffusion massive de l’information.

Dès lors, faut-il réserver une partie de celle-ci à celles et ceux qui (même si le coût des abonnements numériques reste modeste) ont les moyens de payer ? En octobre dernier, l’économiste Gaël Giraud, spécialiste des questions de développement, lançait une pétition sur la plateforme Change.org, pour demander à une trentaine de titres de presse (dont Le Monde) de mettre leurs articles sur le dérèglement écologique en accès libre : 

Nous avons besoin d'une information de qualité, transparente, pour tous, de manière à alimenter le débat. Nous avons aussi besoin que soient rendues publiques les discussions politiques suscitées par cette information. C'est pour ça que nous demandons que l'ensemble des articles qui traitent de près ou de loin du dérèglement climatique soient gratuits.

A ce jour, la pétition a recueilli un peu plus de 31 000 signatures. Sans déclencher l’enthousiasme des titres de presse interpellés par le chercheur. C’est que l’information de qualité coûte cher à produire : la rendre gratuite reviendrait à la démonétiser : si ça ne coûte rien, c’est que ça ne vaut rien.

Dans son appel, Gaël Giraud fait valoir qu’il n’appelle pas à une ‘’transformation du business model de la presse institutionnelle, mais juste à une réorganisation marginale’’, seuls une petite fraction des articles produits, ceux liés à l’écologie, étant concernés. Mais c’est peut-être bien en fait le modèle global de la presse qui, au regard de la crise climatique, mérite d’être repensé. L’information est une ressource vitale pour affronter cette crise. L’universalité de son accès est une condition du débat démocratique. Sans aller jusqu’à généraliser le principe de la gratuité, c’est une piste à creuser.

C’est d’ailleurs le choix qu’a fait, en France, le site Reporterre, une des références en ligne sur les questions d’environnement. Tous les articles produits par ‘’le quotidien de l’écologie’’ sont en libre accès, le journal vit grâce aux seuls dons de ses lecteurs. A l’étranger, le modèle qui fait référence est celui du Guardian. A l’inverse de nombreux titres refroidis par la prédation des GAFA, le journal britannique maintient la gratuité sur le web. On peut y lire ceci au bas de chaque article : ‘alors que la crise climatique s’intensifie’, nous avons choisi de ‘garder le journalisme du Guardian ouvert à tous’, ‘nous informerons nos lecteurs des menaces pour l’environnement sur la base de faits scientifiques, non motivés par des intérêts commerciaux ou politiques’. Hasard ou pas : le journal est aujourd’hui un des titres les plus en pointe sur les questions écologiques.

En 2015, l’économiste Julia Cagé proposait dans son livre, ‘’Sauver les médias’’, de créer un nouveau statut, à mi-chemin entre la fondation et la société par actions, pour garantir l’indépendance de la presse. L’enjeu politique majeur que constitue la transition écologique pourrait remettre en selle cette piste de transition médiatique.

On pourrait même imaginer un service public de l’information, financé par une taxe spécifique, dont le contribuable serait redevable tout en en étant le garant. Ça s’appellerait la redevance. Mais bon, faut pas rêver…

par Hervé Gardette

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