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sur qui le secrétaire général de l'ONU peut-il compter pour lutter contre le réchauffement

L'ONU, malgré tout

4 min
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Le secrétaire général de l’ONU réunit ce lundi à New-York une soixantaine de chefs d’Etats pour un sommet Action Climat. Antonio Guterres leur demande de renforcer les engagements pris en 2015. Mais a-t-il les moyens de se faire entendre ?

sur qui le secrétaire général de l'ONU peut-il compter pour lutter contre le réchauffement
sur qui le secrétaire général de l'ONU peut-il compter pour lutter contre le réchauffement Crédits : DREW ANGERER - AFP

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Monsieur Pomerette était notre prof de chant à l’école primaire.  Son morceau préféré : l’alphabet de Mozart, en canon. S’il est encore en vie et qu’il écoute cette chronique, je dois lui faire un aveu : plus d’une fois il m’est arrivé de faire semblant de chanter, comptant sur la probité de mes camarades de classe pour donner le change. J’étais le passager clandestin de la chorale.

C’est à M. Pomerette que me fait penser Antonio Guterres : à la tête de cette grande chorale qu’est l’ONU, où certains se planquent derrière les autres dès qu’il s’agit d’agir contre le réchauffement climatique. Sauf que, dans ce cas précis, cela s’entend et cela se voit.

L'ONU, combien de passagers clandestins ?

Ce principe du passager clandestin (dont Marie Viennot parlait avant-hier sur cette antenne à propos de la taxe carbone), l’économiste Alain Trannoy le décrit ainsi : ‘’Plus le groupe est grand et composé d’une multitude d’acteurs de petite taille, moins il sera capable de trouver en son sein les forces pour engendrer une action collective, chacun de ses membres se défaussant sur les autres pour l’assurer’’.  Avec ses 193 états membres, dotés chacun - quelle que soit sa taille et sa richesse - d’une voix, l’ONU serait donc vouée à l’inaction.

Mais dans le même article publié en 2011 par le Cercle des économistes, Alain Trannoy ajoute : ‘’Un groupe de taille importante ne peut être sauvé de l’inefficacité que s’il comporte en son sein des membres beaucoup plus puissants que les autres, susceptibles de ressentir une perte substantielle si le bien public vient à manquer’.’

Cette description correspond assez bien à l’ergonomie des Nations Unies, où les membres permanents du Conseil de sécurité pèsent davantage. Certains y sont donc plus puissants que d’autres : c’est la première condition pour une action efficace. Manque malheureusement la deuxième : les plus puissants ne sont pas les plus volontaristes.  A ce jour, selon le Climate Action Tracker, un organisme scientifique indépendant qui évalue les politiques climatiques des pays, seuls le Maroc et la Gambie respectent leurs engagements de la COP 21. Surtout, les Etats-Unis de Donald Trump s’y comportent en passagers clandestins.

S’il ne faut pas sous-estimer les avancées de l’accord de Paris, premier accord universel sur le climat, sa mise en pratique souffre du fait qu’il a été pensé pour être appliqué de manière unilatérale, chaque pays conservant sa souveraineté sur le sujet. Il y a donc des raisons d’être pessimiste quant à la capacité des Nations Unies d’intervenir efficacement pour lutter contre le réchauffement, dans le cadre du multilatéralisme.

La juriste Monique Chemillier-Gendreau était l’invitée de Caroline Broué avant-hier, dans les Matins du samedi. Son diagnostic : ‘’L’ONU est à bout de souffle, ce qui n’est pas étonnant car elle était basée sur un malentendu, on a cru et on a laissé croire qu’on avait enfin la grande organisation internationale capable d’exprimer une communauté mondiale, or ce n’est pas ce qui s’est passé, aucun citoyen ne considère que l’ONU est sa communauté politique.’’

Les sociétés civiles, meilleures alliées d'Antonio Guterres ?

C’est vrai, mais cette analyse, aussi désespérante soit-elle, contient pourtant, à mon sens, son antidote. Car les citoyens ne sont pas inertes. Leur mobilisation, à travers les marches pour le climat notamment, témoignent d’une prise de conscience globale (bien qu’encore insuffisante), transfrontalière. Le réchauffement de la planète est bien LE grand sujet politique. Les sociétés, dont parle si souvent le politologue Bertrand Badie, mettent les états au défi d’agir, et de le faire en cohérence avec les autres. Elles sont les principales alliées aujourd’hui d’Antonio Guterres.

Ecoutons encore Monique Chemillier-Gendreau : ‘’Quand un groupe de gens a un destin commun, il faut que ce destin soit géré politiquement. C’est à cela qu’il faut tendre’’. L’ONU a sans doute bien des défauts, mais pour l’instant, on n’a pas trouvé mieux pour prendre en charge ce destin. Les états qui le composent seraient bien inspirés de s’en apercevoir. Il en va aussi de leur survie.

par Hervé Gardette

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