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PhD student Paul-Etienne Kauffmann presents his thesis "L'evaluation de la qualite de la loi par le Parlement" during  "Ma these en 180 secondes"

Ma thèse en 180 secondes : symptôme de la spectacularisation de la recherche ?

6 min
À retrouver dans l'émission

Un concept venu de l’Université du Queensland, en Australie, charriait l’idée, selon ses promoteurs, de permettre aux doctorants de se former à la vulgarisation, à la communication, pour acquérir notamment des compétences transférables à d’autres segments du marché de l’emploi.

PhD student Paul-Etienne Kauffmann presents his thesis "L'evaluation de la qualite de la loi par le Parlement" during  "Ma these en 180 secondes"
PhD student Paul-Etienne Kauffmann presents his thesis "L'evaluation de la qualite de la loi par le Parlement" during "Ma these en 180 secondes" Crédits : JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN - AFP

Plantons le décor, pour commencer. Sur scène, sous des lumières blanches ou colorées, devant une présentation projetée sur grand écran et face à une assemblée de profanes, une jeune fille ou un jeune homme s’avance, micro en main. Soutenu, ambiancé même, par un animateur grisé et maître du temps, elle ou il entame son discours, succession de faits stylisés, résultats, plaisanteries bon enfant, relancés à échéance régulière par de larges questions accrocheuses, censées rappeler l’importance de l’enjeu. Il ne s’agit ni d’un humoriste en vogue qui s’adonne à une performance de stand-up. Ni d’un entrepreneur qui participe à une conférence TED pour nous conseiller d’oser, de prendre des risques ou d’innover. Mais d’une doctorante ou d’un jeune chercheur, à qui il appartient de résumer, vulgariser, transmettre aux profanes le cœur et la raison d’être de ses travaux de recherche… le tout en trois minutes chrono.

Un risque de "spectacularisation" 

Bienvenue au concours "Ma thèse en 180 secondes", qui permet aux doctorants de présenter leur sujet de recherche, en français et en termes simples, au grand public. Un concept venu de l’Université du Queensland, en Australie, qui charriait l’idée, selon ses promoteurs, de permettre aux doctorants de se former à la vulgarisation, à la communication, pour acquérir notamment des compétences transférables à d’autres segments du marché de l’emploi. Reprise au Québec en 2012, pour rendre la recherche plus accessible et légitimer les subventions à la recherche, le concept est importé en France en 2014 par la Conférence des présidents d’université (CPU) et par le CNRS. 

Critiqué dès ses débuts, considéré comme un dévoiement de la recherche, une incitation à la spectacularisation, un produit des réformes néolibéralese ; le MT180, acronyme du dispositif, vient de faire l’objet d’une enquête passionnante, dense et d’une grande richesse. Menée par trois sociologues : Jean-Marc Corsi, Jean Frances et Stéphane Le Lay. Ils viennent de faire paraître Ma thèse en 180 secondes. Quand la science devient spectacle. Un livre illustré par Rose Frances qui paraît aux éditions du Croquant. Jean Frances, affilié à l’ENSTA Bretagne, nous explique l’origine et l’esprit de ce dispositif.

Un exercice satisfaisant ? 

De "Ma thèse en 180 secondes", l’enquête qui nous intéresse montre que les participants sont majoritairement satisfaits. Pourquoi ? Parce que l’exercice leur permet de vulgariser leurs travaux vers le grand public. Parce qu’ils considèrent ensuite qu’il s’agit d’une formation spécifique, qui leur transmet l’art de prendre la parole en public et de dépasser le format académique qu’ils maîtrisent. Parce que ce concours casse aussi la monotonie qu’ils trouvent parfois dans leur laboratoire.

Toutefois, l’enquête montre aussi les effets néfastes, importants, de ce concours. Trop souvent, la vulgarisation résonne comme un dévoiement. Entre la façon dont un projet de thèse est défini originellement et la manière dont il est présenté et résumé au concours, le gouffre est parfois immense. Pour impressionner, pour gagner, la nécessité d’apporter des preuves est écartée. Les difficultés propres à la recherche, qui font la recherche, sont passées sous silence. On valorise les promesses spectaculaires plus que les résultats effectifs.

Pour Stéphane Le Lay, le MT180 est "un révélateur, une miniature ethnographique du monde de l’enseignement supérieur et de la recherche. Une illustration de notre échec à créer des collectifs s’inscrivant davantage dans la collaboration que dans la compétition." Cette analyse est juste, et j’espère que nous sommes parvenus à l’illustrer en 360 secondes. Car une chose en tout cas est certaine : lorsqu’on intime à la recherche de montrer ce qu’elle a trouvé, c’est sans doute qu’on l’a déjà perdu. 

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