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et ne nous soumets pas à la tentation...

Ma vie en vrac

3 min
À retrouver dans l'émission

Suite du récit de ma transition : aujourd'hui, je fais mes courses en vrac.

et ne nous soumets pas à la tentation...
et ne nous soumets pas à la tentation... Crédits : Tetra Images - Getty

Ayant fait le serment de ne plus jouer au yoyo avec ma ceinture abdominale, je m’interdis depuis lors de fréquenter ces lieux de perdition qui ont tout du paradis : les magasins de bonbons en libre-service. Sacrifice qui confine au sacerdoce : il faut avoir succombé ne serait-ce qu’une fois à l’appel du vrac, fraises tagada, schtroumpfs gélatineux, oursons à la guimauve…, pour mesurer l’effort d’une telle privation.

J’avais tiré un trait sur ces plaisirs lipidineux, jusqu’à ma participation au Défi Famille Zéro Déchets. Pour mémoire, ce défi réunit depuis la rentrée une centaine de familles parisiennes, regroupées en équipes, qui ambitionnent de réduire la quantité de déchets qu’elles produisent. Et donc de supprimer, au maximum, les emballages.

C’est ainsi que j’ai mis les pieds, pour la première fois le mois dernier, dans un magasin de vrac : un des 325 recensés aujourd’hui en France. Le chiffre peut paraitre anecdotique mais ce mode de vente se développe de manière extrêmement rapide. En 4 ans, le nombre d’enseignes spécialisées a été multipliée par 18.

Vous vous souvenez peut-être de monsieur Oleson, le gentil épicier de ‘’La petite maison dans la prairie’’, chez qui les Ingalls venaient s’approvisionner après la messe. Et bien c’est un peu le même décor dans la boutique qui a ouvert il y a quelques semaines dans mon quartier, à ceci près que le gentil épicier a été remplacé par une gentille épicière, et qu’au lieu d’aller pêcher ses produits au fond de grands bocaux en verre, on y actionne des sortes de vannes, comme de petites écluses, lesquelles déversent quantités de pâtes, de lentilles, de café en grains, de fruits secs et de biscuits apéritifs. Et même du miel. Et même du vin. Et même du liquide vaisselle !

Si le vrac permet assurément de réduire de manière drastique sa consommation d’emballages plastiques (selon l’association Zero Waste France, nous consommons chaque année près de 100 milliards d’unités d’emballages plastiques jetables), je suis pour l’instant moins convaincu par l’argument selon lequel il permet de limiter le gaspillage, partant du présupposé qu’on n’achète que ce qui est nécessaire.

C’est qu’il faut d’abord ne pas succomber à la tentation d’actionner chacune des écoutilles, comme si vous jouiez à une grande dînette. C’est qu’il faut ensuite avoir un certain coup de main pour maîtriser le débit de ce qui jaillit dans vos sacs : pour avoir été inattentif une demi-seconde de trop, je dispose d’un stock de fèves salées qui devrait me durer tout l’hiver. C’est qu’il faut enfin apprendre à vivre dangereusement, sans DLC.

Est-ce qu’au moins, c’est moins cher ? On me dit que oui, puisque le coût de l’emballage disparaît, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de comparer : dans mon épicerie en vrac, si vous ne le demandez pas, on ne vous délivre pas de ticket, histoire de ne pas gâcher de papier. Je n’ai pas osé demander.

Il faudrait, pour bien faire, que cette façon de consommer se développe aussi en dehors des magasins spécialisés. Depuis peu, une grande enseigne d’hypermarchés autorise ses clients à venir avec leurs propres contenants pour les produits vendus au détail ou à la coupe. Mais rien n’oblige ses concurrents à l’imiter.

Que dit la réglementation ? Réponse de Zéro Waste : ‘’cette pratique s’inscrit dans un quasi vide juridique. La règlementation européenne ne l’interdit pas. Les administrations de contrôle sanitaire sont plus ou moins directives selon les Préfectures. Dans tous les cas, votre commerçant peut tout à fait refuser de vous servir’’

Les choses pourraient bientôt changer. Lors de l’examen au Sénat du projet de loi contre le gaspillage, un amendement, porté les élus communistes, a été adopté, qui stipule que tout consommateur ‘’peut demander à être servi dans un contenant apporté par ses soins, dans la mesure où ce dernier est visiblement propre et adapté à la nature du produit acheté’’.

Mais revenons à mon épicerie de quartier. Au fond, à gauche, entre les biscuits au chèvre et les billes chocolatées, on y vend des bonbons gélifiés. J’ai replongé !

Chroniques

8H50
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