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comment te dire adieu ?

Mes courses sans sac

3 min
À retrouver dans l'émission

Dernière chronique avant les vacances. L’occasion de revenir sur ma tentative de réduire mes déchets : pas si simple !

comment te dire adieu ?
comment te dire adieu ? Crédits : jskiba - Getty

J'ai eu beau chercher sur Internet, aucune trace de l’inventeur du sac à pain en papier. Il mériterait pourtant, à l’égal d’un Steve Jobs, qu’on lui consacre un chapitre dans l’encyclopédie mondiale du marketing. Car voilà un individu qui aura réussi à imposer, dans toutes les boulangeries, un emballage parfaitement inutile. D’autant plus inutile que la fine couche de farine qui recouvre votre baguette n’a pas le moindre intérêt gustatif, ni d’effet sur sa conservation. C’est pour faire joli parait-il… auquel cas, c’est raté !

Ayant fait le constat de son caractère superfétatoire, et soucieux d’améliorer mon score au défi Famille Zéro Déchet de la ville de Paris, j’ai donc entrepris de me passer de cet emballage. Je n’imaginais pas que ce serait aussi compliqué.

Parce qu’il faut placer sa requête - ‘’Je n’ai pas besoin de sac’’ - dans l’immédiate continuité de sa commande : ‘’Une tradition s’il vous plaît’’. Une hésitation, un court silence et c’est déjà trop tard : la boulangère (j’ai le plus souvent affaire à des boulangères) a déjà dégainé son sac. Comble de l’absurdité : alors que j’avais correctement enchaîné requête et commande, je vis la vendeuse se saisir malgré tout d’un emballage en papier, comprendre son erreur, suspendre son geste… avant de chiffonner le sac et de le jeter à la poubelle !

Au marché, le dimanche matin, je complique l’exercice avec, souvent, le même insuccès.  J’ai dans mon caddie des sacs en papier déjà utilisés que je tends à celui ou celle qui va me servir mes légumes et mes fruits - j’ai pourtant longtemps hésité à le faire, ne voulant passer ni pour un radin ni pour une personne à l’hygiène douteuse.

L’audace l’ayant emporté sur la crainte, je me suis jeté à l’eau il y a quelques semaines, et cela se passe à peu près toujours de la même manière : je tends mes sacs, une petite dizaine, le maraîcher les prend, glisse une poignée d’échalotes dans un premier, une livre de charlotte dans un deuxième… qui sera aussi le second. Invariablement, il oublie les autres et finit par m’en donner des neufs : je n’ai aucune illusion sur le sort réservé à ceux que j’ai tenté de sauver de la déchéance.

Vous allez me dire : pourquoi s’enquiquiner à prolonger la vie d’un emballage qui pèse aussi peu dans nos déchets et qui se recycle si bien, à tel point qu’on a presque l’impression de faire une bonne action lorsqu’on jette du papier dans une poubelle jaune ?

Et bien parce que le sac en papier n’est pas aussi écologique qu’il s’en donne l’air. Il faut de la matière première - du bois - pour le fabriquer ; de l’eau - beaucoup d’eau - pour le transformer (un sac en papier en nécessiterait trois fois plus qu’un sac en plastique) ; il faut le transporter et le papier occupe de gros volumes. L’ADEME, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, vient d’ailleurs de publier un avis sur l’impact environnemental des sacs d’emballage des fruits et légumes. Elle recommande notamment de les rendre payants afin de favoriser leur réutilisation.

Ce qui nous ramène à ma propre expérience. Dans le magasin de vrac où je me rends chaque semaine, entre les grains de café de Colombie et les céréales importées d’Italie (oui, le vrac n’est pas toujours très local), il y a des croquettes pour chat au bœuf ou au poulet. J’en ai acheté pour le mien qui a l’air de les apprécier. Ce qui montre bien - au passage - que les chats, contrairement à leur réputation, n’ont ni délicatesse, ni finesse d’odorat, sans quoi ils ne se jetteraient pas sur une nourriture qui sent aussi mauvais.

L’odeur justement. Ce fut mon erreur. Quel sac avais-je utilisé pour les croquettes ? Lequel était contaminé ?

Je n’ai rien contre les mélanges mais j’ai quand même un doute sur l’harmonie olfactive issue de la rencontre entre une croquette et un corn flake. Il fallait prendre une décision : ma collection de sacs en papier a fini à la poubelle

par Hervé Gardette

Chroniques

8H50
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