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le canapé, meilleur arme pour lutter contre le Covid...et contre le changement climatique ?

Mourir pour la planète, d'accord, mais de mort lente

3 min
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Et vous, jusqu'où seriez-vous prêts à aller pour lutter contre le changement climatique ?

le canapé, meilleur arme pour lutter contre le Covid...et contre le changement climatique ?
le canapé, meilleur arme pour lutter contre le Covid...et contre le changement climatique ? Crédits : Bernd Vogel - Getty

La télévision allemande diffuse en ce moment un clip gouvernemental à la fois drôle et stimulant. A l’écran : un vieil homme, 80 ans à vue de nez. Il raconte sa jeunesse, ses 20 ans, la dureté de la vie, les privations, le danger qui menace à chaque instant, le courage et le sens du sacrifice qu’il fallut à sa génération pour combattre le mal. 

Tout concourt à en faire l’ancien combattant d’une guerre qui ne dit pas son nom. ‘’Nous n’avions qu’une chose à faire’’ raconte-t-il, ‘’et nous l’avons fait’’. Puis il enchaîne : ‘’Nous sommes…restés chez nous, vautrés sur notre canapé, à nous faire livrer des pizzas en attendant que ça passe’’. On comprend alors que le vieil homme nous parle, depuis le futur, de l’épidémie que nous sommes en train de vivre, et que le clip est un message de prévention à destination de la jeunesse d’aujourd’hui : ‘’Restez confinés et tout ira mieux !’’

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C’est malin, et ça l’est même doublement car le message sous-jacent de cette campagne est aussi le suivant : ‘’Arrêtez de vous plaindre, on ne vous demande pas d’aller au front, vos aînés ont connu bien pire, le confinement n’est pas un si gros sacrifice au regard des vies qui vont pouvoir être sauvées’’.

Et je me suis justement demandé si l’on pouvait transposer le message de ce clip : quels sacrifices serais-je prêt à consentir pour contribuer à la lutte contre cette autre tragédie qu’est le changement climatique ?

Prêt à mourir ? La réponse est non. Face à la catastrophe, j’ai bien peur d’avoir la même réaction que mes contemporains : d’abord sauver ma peau. Au demeurant, je ne vois pas très bien en quoi le sacrifice de ma vie pourrait contribuer à la lutte, sauf à considérer que mon empreinte carbone est décisive dans le réchauffement global.

Cette logique individualiste souffre malheureusement des exceptions. La protection de la planète a aussi ses martyrs. Selon l’ONG britannique Global Witness, 212 défenseurs de l’environnement ont été tués dans le monde en 2019. Il n’y en avait jamais eu autant. A elles seules, la Colombie et les Philippines enregistrent la moitié de ces meurtres.

Prêt à ne plus m’alimenter pour alerter l’opinion ? C’est ce dans quoi s’est engagé l’eurodéputé français Pierre Larrouturou. Pendant 18 jours, il a mené une grève de la faim, relayé depuis par d’autres militants, pour obtenir de l’Union européenne la mise en place d’une ‘’vraie taxe’’ sur les transactions financières afin de financer la transition écologique. Mon cerveau me dit que c’est une bonne idée, mon estomac lui répond de se mêler de ce qui le regarde.

Prêt à passer un moment en garde à vue pour faire valoir mes idées, et m’opposer aux règles de la société de consommation ? Souvenez-vous, c’est ce qui est arrivé au mois de mars à des décrocheurs de portraits d’Emmanuel Macron. Mais la seule chose qui me fait presque aussi peur que la mort, c’est la prison. Désobéissance civile : je passe mon tour.

Il me reste, pour tout maquis, les épiceries de vrac, le tri des déchets, les voyages en train plutôt qu’en voiture, le commerce de proximité plutôt que les GAFAM, l’impression recto-verso, les interrupteurs qui permettent d’éteindre la lumière quand on quitte une pièce. Et comme seule arme, mon bulletin de vote.

C’est bien peu en effet. Cela ne demande pas d’effort démesuré. Mais imaginez le clip du gouvernement allemand, si plutôt que de parler de Covid, il avait été consacré au changement climatique. ‘’Tout ce qu’on vous demande individuellement, c’est de ne pas gaspiller. Le reste, on s’en charge’’. Sérieusement, est-ce que ce serait vraiment trop demander ?

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