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pas toujours facile d'illustrer une chronique...

Ne rien changer pour que rien ne change

3 min
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Il y a pire que de vouloir tout changer pour que rien ne change. Il y a ne rien vouloir changer du tout.

pas toujours facile d'illustrer une chronique...
pas toujours facile d'illustrer une chronique... Crédits : Martin Harvey - Getty

Vous connaissez la fameuse réplique ‘’il faut que tout change pour que rien ne change’’. Elle est attribuée à Tancrède Falconeri, le personnage qu’interprète Alain Delon dans ‘’Le Guépard’’ de Luchino Visconti. Je dis attribuée parce que la phrase exacte est la suivante : ‘’si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change’’.

Falconeri s’adresse à son oncle, le prince Salina (joué par Burt Lancaster), représentant d’une vieille aristocratie qui voit son monde s’étioler autour d’elle. Le message que lui adresse son neveu est le suivant : si vous voulez conserver vos privilèges, soyez un acteur des bouleversements en cours.

Cette citation, bien qu’usée jusqu’à la corde (vous l’avez évoqué d’ailleurs, Guillaume Erner, la semaine dernière dans votre billet d’humeur) connait une surprenante postérité. Surprenante…et problématique car elle diffuse dans notre vie démocratique un mélange de cynisme et de renoncement.

Cynisme en ceci qu’elle laisse entendre qu’il y aurait une machination des élites, prêtes à tout, y compris à faire la révolution, pour conserver le pouvoir et les privilèges qui vont avec. Mais surtout renoncement car, du coup, elle revient à dire que l’inaction équivaut à l’action, que ne rien faire aura le même effet que faire quelque chose, et que dans ces conditions, pourquoi s’enquiquiner à vouloir à changer nos habitudes puisque de toute manière, le résultat sera le même. ‘’Tout changer pour que rien ne change’’ sert d’argument (plus ou moins conscient) à celles et ceux qui, par exemple, ont abdiqué massivement devant le vote hier, au motif que l’offre politique proposée ne serait pas de nature à répondre à leurs aspirations.

Peut-être ont-ils raison. Mais peut-être pas. Ce qui est sûr en revanche, c’est que la façon la plus sûre de ne rien changer, c’est de ne rien faire. Résultat garanti. Et c’est ce qui me sidère (et me désole) après deux années de fréquentation quasi-quotidienne des questions liées à l’écologie.

Le parallèle m’a sauté aux yeux (et aux oreilles) en fin de semaine dernière à l’occasion de la révélation, par l’AFP, d’un pré-rapport du Giec (le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Pré-rapport très alarmiste, que les véritables spécialistes de ce sujet se sont bien gardés de commenter, justement parce qu’il ne s’agit que d’un document intermédiaire, un brouillon.

Je vous en résume la teneur : la hausse des températures au-delà du fameux seuil de 1,5 degrés va avoir (et a déjà) des conséquences irréversibles pour l’humanité. Sa survie en tant que telle est remise en cause.

Ce genre d’alerte devrait mobiliser. Or il semble que cela provoque l’effet inverse. Il suffisait d’écouter cette semaine les commentaires des experts autoproclamés, considérant que les scientifiques avaient succombé au virus de la collapsologie, et donc que leurs inquiétudes n’étaient pas à prendre trop au sérieux. Quant au public, confronté à ce qui est présenté comme inéluctable, il peut aussi en concevoir une préférence pour l’inaction puisqu’au bout du compte, le résultat sera le même.

Bref, pourquoi changer si c’est perdu d’avance ? Il n’empêche : ça vaudrait quand même le coup d’essayer, non ?

Chroniques

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