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bois de Vincennes, on ne passe plus...

Nous n'irons plus au bois

3 min
À retrouver dans l'émission

L'accès aux bois, parcs et jardins est limité ou interdit à cause du confinement. Il y a pourtant bien des raisons de les rendre à nouveau accessibles.

bois de Vincennes, on ne passe plus...
bois de Vincennes, on ne passe plus... Crédits : HG - Radio France

Le bois de Vincennes, à Paris, n’a sans doute jamais été aussi accueillant. L’herbe y est verte et grasse, les canards s’y baladent en toute liberté. Comme les autres parcs et jardins, fermés au public, il profite du confinement.

Cette prophylaxie était visiblement nécessaire pour permettre aux espaces verts de se régénérer, au moment où, d’habitude, ils sont assaillis par les populations urbaines, venues s’y oxygéner. Ce n’était évidemment pas le but recherché mais si cette période de jachère a pu leur être profitable, ma foi, tant mieux.

Des trottoirs surpeuplés mais des parcs vides 

Il n’empêche que, sur le plan politique et social, cette mesure qui consiste à en barrer l’accès aux citadins, si elle pouvait se justifier au début de la quarantaine en vertu du principe de précaution, me parait désormais irrationnelle, comme le relèvent plusieurs articles et tribunes publiés à ce sujet.

Mais plantons un peu mieux le décor pour commencer, du moins celui qui est le mien depuis que nos déplacements sont limités dans un rayon d’un kilomètre. Miracle de la géométrie urbaine : l’entrée du bois de Vincennes tombe pile dans mon périmètre. Un peu de rab n’aurait servi à rien : une bandelette rouge et blanche en plastique dissuade les rares promeneurs de s’aventurer plus loin. (du moins pour cette partie du bois, à proximité du lac Daumesnil, d'autres zones sont accessibles, vous pouvez retrouver le détail ici) Et l’on assiste donc à ces scènes absurdes, où l’on voit des piétons obligés de se partager d’étroits bouts de trottoir, quand, dans le même temps, de larges espaces ‘naturels’ restent vides, désespérément vides.

Or comme l’écrivent les signataires d’un article pour The Conversation, ‘’les parcs et jardins sont autant d’espaces publics vitaux au cœur des villes. Ils constituent le patrimoine collectif…de nombreux citadins qui n’en possèdent pas personnellement. Pour ces derniers, c’est la double peine : enfermés dans de petits espaces domestiques et privés d’accès au peu de nature collective disponible en ville’’.

Rendre inaccessible les espaces verts : une décision moralisatrice ? 

Mesure inégalitaire, selon que l’on dispose ou non d’un jardin ou d’un balcon, la fermeture des espaces verts porte également en elle une dimension moralisatrice, comme l’explique le journaliste Hubert Guillaud dans un article pour Socialter. ‘’Aucune raison épidémiologique, médicale ou psychologique ne justifie’’ cette décision, si ce n’est ‘’la crainte de voir des gens se prélasser, prendre un peu de temps, souffler…En ces temps de confinement, prendre du loisir ressemble trop souvent pour ceux qui nous jugent à prendre du bon temps’’.

Il est vrai que certaines images fin mars furent désastreuses lorsque l’on vit des pique-niques organisés dans les parcs, pour profiter des premiers rayons de soleil et des derniers moments de liberté. Mais de la même manière que la régulation des flux a fini par se mettre en place à l’entrée des commerces, il doit bien y avoir des solutions pour les espaces verts dans les villes qui resteront en zone rouge après le 11 mai.

Certains objecteront peut-être qu’on ne peut pas mettre sur le même plan le besoin de nourriture et l’envie de promenade. C’est à voir. Comme le mentionne l’article de The Conversation, l’accès à la nature est ‘’essentiel au bien-être individuel et social’’, sa contemplation ‘’offre un moyen de rendre temporairement inutile le déploiement de l’attention soutenue, dirigée ou sélective, et donc de lui permettre de prendre du repos’’. Vital !

On comprend mieux dès lors le sens de la pétition (publiée par Reporterre) signée il y a quelques jours par des personnalités comme le psychiatre Christophe André, le philosophe Dominique Bourg ou la juriste Valérie Cabanes, qui en appellent au président de la République pour autoriser ‘’un accès responsable à la nature en période de confinement’’ (pas seulement en ville d’ailleurs).

J’irais bien refaire un tour du côté du bois de Vincennes.

par Hervé Gardette 

Chroniques

8H50
3 min

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