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le nucléaire, un débat pas facile à trancher

Nucléaire : choisis ton camp, camarade !

3 min
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Peut-on parler du nucléaire sans prendre parti et sans prendre le risque de se fâcher ? Pas si simple...

le nucléaire, un débat pas facile à trancher
le nucléaire, un débat pas facile à trancher Crédits : Micha Pawlitzki - Getty

A l’approche de Noël, essayons de positiver. Certes, il n’y aura pas de grand rassemblement : la jauge a été fixée à six adultes pour le réveillon. Peut-être même faudra-t-il renoncer à se rassembler, y compris en petit comité. Mais du moins serons-nous épargnés par la malédiction qui frappe chaque année cette bien mal-nommée trêve des confiseurs : l’engueulade du repas de famille.

Du côté de celle de mon épouse, le sujet qui fâche, c’est le nucléaire. Il faut dire que certains de ses membres travaillent dans le secteur. Cela revient à faire, a priori, du ci-devant chroniqueur de la transition écologique un ennemi de classe, et je dois reconnaître que j’y mets parfois du mien. Je me souviens de la réaction outrée d’un ami de la famille lorsque j’avais évoqué, pour me moquer, la présence de crocodiles phosphorescents dans la cuve de refroidissement d’une centrale.

A vrai dire, j’ai bien du mal à avoir une position tranchée. Suis-je pour ou contre le nucléaire ? Plus je m’informe sur le sujet, plus mon degré d’indécision augmente, moins je sais avec qui je vais devoir me fâcher. Et ce n’est sans doute pas un hasard si après 266 chroniques (j’ai fait le compte), je n’en ai consacrée aucune à ce sujet : celle-ci est donc la première.

La faute, non pas à Emmanuel Macron, en visite sur le site de Framatome au Creusot hier, mais à vos deux invités : Dominique Rousseau et Thierry Pech. Le premier est constitutionnaliste, le second copréside le comité de gouvernance de la Convention citoyenne pour le climat. Hier matin, ils se sont crêpé le chignon à l’antenne. Reproche du premier au second : il est ahurissant que la Convention citoyenne n’ait fait aucune proposition sur le nucléaire. Réponse du second au premier : c’est normal, cette question n’est pas directement liée aux enjeux climatiques.

Et bien puisque vous me demandez de trancher, je vais suivre la voie qui est la mienne sur ces questions en leur donnant tort chacun à leur tour (ce qui revient du coup à leur donner raison).

Commençons par Thierry Pech, et à cette idée que le nucléaire n’avait pas sa place dans les travaux des citoyens. Cette approche est contestable dans la mesure où la question énergétique est centrale dans la lutte contre le changement climatique ; dans la mesure encore où le faible bilan carbone du nucléaire en fait une énergie particulièrement compétitive ; mais aussi parce qu’en donnant à l’humanité la capacité de s’autodétruire, cette technologie nous a fait entrer dans l’ère de l’Anthropocène, caractérisée en grande partie par le changement climatique. Qu’on lui soit hostile ou qu’on lui soit favorable, le nucléaire est donc bien une question liée à ces enjeux.

Pour autant, cela ne donne pas raison à Dominique Rousseau, qui déplorait hier l’absence de ce sujet dans les travaux de la Convention. Cela revient d’abord à faire fi des débats nombreux qui ont déjà eu lieu sur ce sujet, débats politiques qui ont abouti à la grande loi de Transition énergétique en 2015 : laissons le soin aux parlementaires de la modifier, si nécessaire. Par ailleurs, la Commission nationale du débat public a organisé l’an dernier une vaste concertation, ouverte à l’ensemble de la population, sur la question cruciale de la gestion des déchets radioactifs. Dans ces conditions, pourquoi demander à la Convention citoyenne d’en remettre une couche ? Et surtout, pourquoi prendre le risque de parasiter toutes ses autres propositions en s’aventurant sur un sujet aussi clivant que le nucléaire ?

Allez faire un tour dans les arguments des pour et des contre et vous verrez que le compromis parait impossible sur cette question : il faut choisir son camp. Ce que je me garderai bien de faire ce matin. Pour conclure, je dirais que si les 150 citoyens ont eu tort de ne pas parler du nucléaire dans leurs propositions, ils ont quand même bien fait de ne pas le faire. Vous l’aurez compris : cette année, si je dois passer le repas de Noël avec ma belle-famille, j’aimerais bien, pour une fois, échapper à la malédiction.

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