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Ce petit chaton trop mignon menace-t-il vraiment la planète ?

Où il sera question de petits chats, de vols Paris/New-York et d'amour de la forêt

3 min
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La vidéo en ligne a généré en 2018 plus de 300 millions de tonnes de CO2. Va-t-il falloir faire le tri dans les usages sur internet ?

Ce petit chaton trop mignon menace-t-il vraiment la planète ?
Ce petit chaton trop mignon menace-t-il vraiment la planète ? Crédits : HG

Hier, je vous ai soulevé le cœur (à vous, ainsi sans doute qu’à d’autres auditeurs) en vous racontant, à l’heure du petit déjeuner, mes souvenirs de dépeçage de lapin. Et bien ce matin, pour me faire pardonner, nous allons regarder ensemble des vidéos de petits chats.

Vous aimez les petits chats ! Et les vidéos de petits chats ? C’est trop mignon, hein ? Regardez celle-ci par exemple, il est tout blanc, une petite boule de poils, avec de gros yeux noirs, il prend son élan sur le canapé et saute par-dessus une aiguille à tricoter : la vidéo a été vue 2 886 088 fois depuis qu’elle a été postée sur Youtube, en novembre 2017.

C’est trop mignon…mais en fait, non, ça ne l’est pas. Car plus vous passez du temps à regarder des vidéos de petits chats, plus vous polluez la planète, et plus vous réchauffez le climat. ’L’insoutenable usage de la vidéo en ligne’’ : c’est le titre d’un rapport publié cet été par The Shift Project, un think-tank français (comme son nom ne l’indique pas), qui milite pour une société post-carbone, une économie qui ne dépende plus des énergies fossiles.

On y apprend beaucoup de choses : que le numérique, dans son ensemble, est responsable de 4% des gaz à effet de serre dans le monde, soit davantage que le transport aérien civil ; que le seul visionnage de vidéos en ligne a généré l’an dernier 306 millions de tonnes de CO2, soit pour vous donner une idée l’équivalent de ce que produit l’Espagne chaque année, ou de ce que génèrent 306 millions de passagers faisant chacun un aller-retour Paris-New-York en avion.

A vrai dire, ce genre de comparaisons n’a pas beaucoup de sens (j’y reviendrai un de ces jours). Mais retenez une chose : la vidéo en ligne, parce qu’elle suppose des infrastructures pour la stocker, du réseau pour la faire circuler, consomme beaucoup, mais vraiment beaucoup d’électricité, et rejette beaucoup, mais vraiment beaucoup de dioxyde de carbone.

Vous allez me rétorquer qu’il y a vidéo et vidéo, que toutes ne polluent pas de la même manière. Par ex la vidéo en plan fixe d’un ruisseau en forêt avec les petits oiseaux derrière, devrait moins polluer qu’une vidéo de 4X4 au milieu des bois. Et bien non, si la résolution de l’image de la première est identique à celle de la seconde, l’impact environnemental est le même. Autrement dit, sur internet, les ruisseaux polluent autant que les véhicules tout terrain.

Que faire ? Etre raisonnable, lever le pied, oublier les vidéos de petits chats. Oui mais comme le relève le rapport du Shift Project, ‘’les usages ne sont pas le simple résultat des comportements de consommation individuels, mais bien en grande partie le produit d’un système’’ Le think-tank plaide donc pour une politique générale de régulation, qui priorise certains usages par rapport à d’autres, en fonction de leur ‘pertinence sociétale’.’Il s’agit d’éviter qu’un usage jugé précieux ne pâtisse de la surconsommation d’un autre jugé moins essentiel’’.

Et là, j’en entends certains s’inquiéter. Et je les comprends : les vidéos pornographiques représentent en effet 27% de la vidéo en ligne. Donc 27 % des émissions de CO2 dues à celle-ci, soit un niveau comparable à celui d’un pays comme la Roumanie (si on se réfère à un rapport de la Commission européenne). Si l’on considère que la ‘’pertinence sociétale’’ de Youporn n’est pas ce qui caractérise en premier lieu cette plateforme, son avenir est compté. On pourrait, pour bien faire, diminuer la résolution de l’image, pour qu’elle pèse moins lourd mais celle-ci n’est déjà pas toujours très bonne (en tout cas c’est ce qu’on m’a raconté).

Des Norvégiens ont eu une autre idée : Fuck for Forest. Fuck for forest : du porno dans la forêt, pour la forêt. Les usagers de ce site (que je vous laisse le soin de trouver tous seuls sur internet) sont invités à faire des dons pour compenser l’impact de leur consommation, un peu comme pour les voyages en avion.

J’espère que vous y penserez la prochaine que vous regarderez, en douce, des vidéos…de petits chatons.

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